MAI 2005 



1 - Le grand départ

J-1 : Journée un peu nostalgique mais sympa avec les membres les plus proches de mon entourage. Derniers points Internet, fermeture du sac (bien trop lourd déjà), derniers adieux. Pas de préavis de grève SNCF. Dodo a 2H du mat’ pour levée assez difficile a 3H30.

Jour J : Le départ et les au revoirs s’annoncent tristounets, pourtant le moral est au beau fixe. Je réalise a peine que d’ici quelques heures, je marcherai « sous le soleil de Mexico »... Me voila donc dans le TGV, Gare Part-Dieu Lyon, 6H20, supportant déjà mal le poids de mon sac a dos pas encore poussiéreux. Me voila fin prête a vivre une multitude de péripéties et la grande aventure d’un tour du monde. Je ne
fais quand même pas la fière dans ce wagon, bondé déjà a cette heure matinale de toutes sortes de gens qui vaquent tous a leurs (pré)occupations. Les miennes (préoccupations) sont aux questions pratiques. Pour ne pas faire monter la pression plus qu’elle ne l’est, je me mets dans le bain du voyage en écoutant un peu de musique. Goldman ira très bien pour l’occasion :
« On partira de nuit, l’heure ou l’on doute , que demain revienne encore. Loin des villes soumises, on suivra l’autoroute, ensuite on perdra tous les nords. On laissera nos clés, nos cartes et nos codes, prisons pour nous retenir ; tous ces gens qu’on voit vivre comme s’ils ignoraient qu’un jour il faudra mourir et qui se font surprendre un soir. Oh belle, on ira. On partira toi et moi où ? je sais pas, y’a que les routes qui sont belles et peu importe où elles nous mènent ... On échappe a rien pas même a ses fuites, quand on se pose on est mort, oh j’ai tant obéi si peu choisi petite, et le temps perdu me dévore ... »
Tandis que la musique de ces paroles me berce, j’observe mes voisins de compartiment. Le jeune homme assis juste à cote de moi, avec qui j’ai déjà échangé quelques phrases sur le quai, ne pipe plus un mot et se laisse aller dans les bras d’Orphée. De l’autre cote, deux femmes d’une soixantaine d’années font part à tout le wagon de leurs déboires familiaux avec leurs bavardages hauts et incessants. Devant elles, après avoir méticuleusement rangé une invitation à un Congres « SOS Amitiés », un vieil homme se plonge dans une lecture intitulée « Nous sommes tous des patients » apparemment passionnante puisqu’il ne relèvera pas la tête du livre tout le long du trajet. Enfin, devant moi, deux jeunes hommes se montrent également captives par le Guide du Routard du Vietnam. Au même rythme que défilent les paysages brumeux et monotones, des enfants passent et repassent dans le couloir ... Lorsque je sors de mon sommeil, je ne suis qu’à quelques minutes de ma destination d’arrivée. Je laisse donc ce train qui continue son chemin jusqu’a Bruxelles, en gare de Roissy Charles de Gaulle a Paris. A quai, je suis scrupuleusement et amusée le parcours fléché qui m’amène jusqu’à la navette de mon terminal 2B. A l’aéroport, le jeu de piste continue a la recherche d’un point argent, d’une connexion Internet, de toilettes, du lieu d’enregistrement des bagages et d’embarquement. A quelques minutes de m’envoler pour le pays des aztèques, je tente de chasser mes pensées incontrôlables qui vont vers toutes les personnes qui vont me manquer, afin de bien apprécier ce moment tant attendu.


Le vol jusqu’a Mexico

J’avais oublié cette sensation de soulèvement au cœur au décollage de l’avion, j’avais oublié a quel point j’adorais ça !
1ere étape : Londres. Vu d’en haut, la Manche n’est qu’un ruisseau que l’on survole en quelques minutes. Je déjeune un petit casse-croûte a 7000 m d’altitude et à une vitesse de 720 km/h. Un problème majeur se pose alors : tout le monde parle anglais dans cet airbus de British Airways. Alors que je me félicite d’avoir pu entamer avec ma voisine une petite conversation dans la langue de la reine Elisabeth, tous les passagers éclatent de rire a l’écoute du speach du commandant de bord et applaudissent le beau parleur
rigolo. Interrogative, j’imite l’assemblée, sans avoir compris la cause de tant d’amusement.
A Londres, l’escale n’est pas très longue. Anticipant les 11h de vol qui m’attendent, je cherche désespérément une zone fumeur. A en constater la difficulté, je devine qu’ici les fumeurs sont mal vus et malvenus. Je me retrouve en effet dans une espèce de cabine, entassée au milieu d’une vingtaine d’autres personnes, dans un énorme nuage de fumée. Dans ce 8 m2, j’ai vraiment l’air d’un poisson dans son bocal. La voila LA méthode pour motiver les gens à arrêter de fumer ; là, je me dis que j’ai vraiment été stupide de recommencer cette saloperie.
Patiemment et passeport en main, j’attends, dans la salle d’embarquement, le signal pour monter dans l’avion. Je me demande quelle sera l’ambiance de Mexico, quelles seront mes 1eres impressions. Avant d’obtenir une réponse a mes questions, il me faut parcourir 8913 km. Ensuite, je traverserai la ville de Mexico pour rejoindre l’auberge de jeunesse que j’ai préalablement réservée.
Je m’installe confortablement dans ce boeing, très luxueux. Le voyage, spacieux (3 places pour moi toute seule) me permet de dormir un peu, de me familiariser avec la langue du pays (TV et écouteur radio), de profiter du paysage ... Pensive derrière le hublot, j’apprécie encore une fois ce moment formidable des grands départs vers l’inconnu. L’avion, c’est l’évasion, la promesse de l’exotisme en un rien de temps. Un
train, un bus, vous offre autre chose : un défilé de paysages, comme un dégradé de couleurs, il est vous imprègne doucement des lieux et de l'ambiance générale. L'avion est plus brutal. Chaque déplacement, qu'il soit aérien ou terrien, me comble; chacun apporte ses propres sensations, c'est pour cela qu'il est intéressant pour moi de varier les moyens de transports dans mon voyage.

Le voyage passe assez vite finalement : j’étudie avec grand soin le Guide du Routard et mon petit lexique. Je retrouve une pêche d’enfer.

Soudain, j’aperçois, tel un mirage sorti de nulle part, les 1ères lumières de Mexico ... Bouche bée, je contemple la plus grande ville du monde du ciel qui commence à s’assombrir. Une illumination s’étale a l’infini. Le gardien de la ville, le volcan Popocatépetl, parfait la grandeur du moment. L’excitation est à son comble à quelques minutes de l’atterrissage. Descente de tous les passagers.

Bienvenido a Mexico City !


L’arrivée a Mexico

Arrivée a l’aéroport, le plus grand d’Amérique Latine. Un peu perdue, je décide de suivre le mouvement. Le groupe de personnes devant moi doit sans doute, comme moi, vouloir récupérer leurs bagages. Mais en présentant mes papiers, je m’aperçois que je suis en train d’embarquer pour Madrid !
Demi-tour, mais ¿ donde esta la salida ? Mon B.A.ba d’espagnol ne m’est d’aucun secours. Je ne comprends pas un mot ...
Après toutes les formalités, je parviens enfin à acheter une carte téléphonique et à appeler l’auberge de jeunesse pour que quelqu’un vienne me récupérer.
En attendant, je contemple ce qu’il se passe autour de moi. Un vrai melting pot, plus de 20 millions de passager par an transitent ici, des gens de toutes les couleurs et de toutes les allures vont et viennent, l’atmosphère me plait beaucoup. Je remarque qu’il y a peu de français ; ma foi, le dépaysement au moins est bien réel. L’aéroport ne semble pas trop « craignos» mais, excepté le Mac Donald’s, il n’y a évidemment aucune comparaison avec l’ambiance de Paris, ni avec celle de Londres. C’est un peu l’anarchie, sans arrêt des hommes me sollicitent pour prendre leur taxi, d’autres m’interpellent pour changer mes euros. Je n’ai donc aucun mal a trouver des pesos.
Trois quart d’heure passe lorsque, soudain, un jeune homme pressé me donne quelques consignes en espagnol, disparaît, puis revient me chercher avec deux autres jeunes femmes américaines, des voyageuses à leur apparence. En effet, quelques minutes après, celles-ci m’expliquent qu’après avoir visité toute l’Amérique du Nord et passé quelques jours a Tijuana, elles envisagent de rester quelque temps a Mexico. Notre chauffeur, le jeune homme pressé, est la caricature parfaite du mexicain : cheveux noirs, longs, laqués et tirés en couettes, il nous demande de nous installer dans un van jaune, très confortable. Nous sortons du parking et entrons de plein fouet dans la vie urbaine de Mexico. C’est impressionnant !
A travers ma vitre, j’observe Mexico by night. Dans le chaos des embouteillages, la splendeur des monuments alterne avec la crasse des bidonvilles pour laisser place à de larges avenues, similaires a celles que j’avais pu emprunter lors de mon séjour a Los Angeles. De gros camions, camionnettes et vans se mêlent à une multitude de petites coccinelles qui sont pour la plupart des taxis. Les rues jonchées de déchets rappellent la fin de la fête nationale du 5 mai où l’on commémore, d’après les
explications de mon chauffeur, la bataille de Puebla ou l’armée mexicaine l’emporta sur les troupes françaises de Napoléon III ( je n’ai pas choisi le bon moment pour arriver ¡ ...). Les quartiers « pauvres » aperçus de l’avion sont peuplés de chiens errants, tandis que sur la place de la cathédrale, le
"zocalo", de nombreux marchands ambulants mettent mes papilles en appétit.
La soirée puis la nuit se passent plutôt bien. Le dortoir où je dors est assez étrange, très sombre (pas de fenêtres), murs peints de fresques mexicaines, le confort laisse à désirer mais l’ensemble parait assez propre (ceci dit, tout est relatif). Une fuite d’eau près de mon lit fait l’attraction de toute l’Auberge de Jeunesse mais ne fait heureusement aucun dégâts sur mon sac.
Je retrouve par hasard Coralie complètement paniquée avec qui j’avaiséchangé quelques mails en France car elle participe au même chantier que moi. En tout cas, quel plaisir de pouvoir parler français !
Pause Internet, douche, et puisque personne dans mon dortoir ne comprend ni mon anglais ni mon espagnol, j’abandonne, claquée, et je m’allonge sur mon lit « militaire » (en fer et a étage). Le sommeil ne se fait pas attendre ... je m’endors en pensant a demain.


Le rendez-vous a Toluca (7 et 8 mai)

Premier levée matinal au Mexique. Petit déjeuner sur la terrasse du toit de l’AJ (Auberge de Jeunesse) qui surplombe tous les alentours. La vue est imprenable. J’admire Mexico de jour.
L’Aj se trouve dans un immeuble colonial du Centre Historique, dans le quartier populaire de la Moneda, à quelques pas du zocalo . Le zocalo est la place principale d’une ville, le lieu privilégié d’animation autour duquel tout s’ordonne. Je constate d’ailleurs qu’un grand concert se prépare (j’apprendrai plus tard qu’il s’agit de celui d’un chanteur très célèbre ici, du nom de Mickael Bosse. En fait, le terme « zocalo » signifie « socle ». Si la place la plus importante de Mexico s’est appelée ainsi, ce serait a cause du socle de la statue équestre de Carlos IV qui resta longtemps sans statue, d’ou le surnom ironique de zocalo pour designer cette place. Par extension, on surnomma toutes les autres places mexicaines ainsi. D’après le Guide du Routard, le zocalo de Mexico, d’une grande unité architecturale (la 3eme plus grande sur Terre) est l’une des plus belles places au monde et l’une des plus anciennes. En effet, cette place au centre de Mexico, se trouve sur l’emplacement de l’ancien marché aztèque. Ce sont d’ailleurs les pierres des pyramides aztèques qui ont servies pour la construction des églises et édifices coloniaux et pour paver la place. Aujourd’hui, tous les grands événements du pays s’y déroulent. Il est aussi devenu le centre de revendication des indigènes.

Dans le ciel, le smog cache un peu le soleil qui tente vainement de percer. La pollution est donc bien réelle, me dis-je, en levant les yeux. Il parait même qu’en 1999, elle était telle que les pigeons tombaient du ciel,étouffés par l’air contaminé.
Du haut de mon perchoir, j’observe en bas, dans la rue, tous ces gens et je réalise qu’ils font partie des 2 500 000 habitants qui peuplent Mexico . Avec une densité de 5634 hab./km2, l’Europe (50 hab./km2) n’a pas sa comparaison avec la ville de Mexico.
L’observation de cette foule dense et très hétéroclite (au mexique, 11% de la population est indigène, ce qui représente plus de 50 ethnies), m’occupe un long moment. Pour l’instant, les effets de la haute altitude (2300m) ne se font pas ressentir.
Apres avoir été attentive à ne pas avaler n’importe quoi (pas tout de suite la turista s’il vous plait), je passe devant un patio genre puit de lumière pour descendre a l’accueil. Devant l’entrée de l’AJ, j’appelle un taxi qui nous emmène, avec Coralie, à la gare routière ouest. A peine montée dans le taxi, je regrette déjà d’avoir écouté Coralie qui n’a pas voulu prendre le métro pour se rendre à la gare car, en plus de la question du coût moindre, j’aurai vraiment bien voulu connaître l’ambiance des transports locaux. Je
me console en me disant que de toutes façons, j’envisage de revenir visiter Mexico très bientôt.
Le chauffeur du taxi, Alejandro, très sympathique, se montre très serviable.
En descendant de la voiture, il me fera même un petit cadeau (un petit masque en terre)¡ Je suis les conseils d’Alejandro : « lo mejor para aprender la idioma de español es de praticar ... », et entame la
conversation avec lui. Il a raison, mon vocabulaire revient assez rapidement, ce qui me réjouit pour le restant de la journée.
Après environ 1H de bus jusqu’a Toluca, Luis, le responsable des programmes du chantier vient nous récupérer avec sa vieille Nissan rouge délavée. Chez lui, il nous présente Gwenaelle, originaire de Nantes, expatriée au Mexique depuis 4 mois pour effectuer un stage d’étude. Celle-ci a déjà passé 12 moisà Toluca dans le cadre d’un chantier à long terme l’année dernière. Elle est aussi devenue la compagne de Luis mais le gros sac de Gwenaelle devant la porte ainsi que le dialogue quasi inexistant entre elle et Luis nous laissent deviner qu'il a des tensions au sein du couple.
Nous faisons très facilement connaissance avec Gwenaelle (le rapprochement patriotique aidant ) qui nous donne toutes les informations utiles et répond patiemment à chacune de nos questions bêtes. Nous apprenons donc que nous resterons chez Luis jusqu’a mardi (4 jours) avant de rejoindre nos familles d’accueil et de démarrer le chantier.
Petite entrée en matière avec la culture mexicaine : Gwenaelle nous emmène au restaurant où les piments valent bien leur réputation. En effet, nous goûtons au tortas, un genre de sandwich ovale chaud, avec une base
d’avocat, de frijoles, de fromage fondu, de salade, d’oignons et de piments, et qui peut etre garni de poulet, de jambon, de viande panée. C’est pas mal comme en-cas : pas cher (14 pesos, soit 1 euro environ) et très bon.
Le soir, trop fatiguées, nous loupons, avec Coralie, l’occasion de participer a un mariage auquel nous étions invitées.

Le lendemain, au réveil, une taiwanaise assise devant l’ordinateur nous salue. Rachel (son prénom) est également là pour le chantier. Puis Leen, belge, aussi volontaire, nous accueille également d’un sourire chaleureux, dégoulinante et serviette sur la tête au sortir de sa douche.
La matinée est consacrée aux emplettes. Luis nous fait découvrir l’ambiance folle d’un marche typiquement mexicain. Errant dans les allées, je remarque qu’il s’agit d’un « mercado » principalement alimentaire. Toutes ces bonnes odeurs réveillent mon appétit à cette heure où, en France, nous prenons le déjeuner. Les cris exagérés des marchands m’effrayent un peu sur le coup mais je m’y habitue rapidement. Je découvre alors quelques spécialités mexicaines, comme le nopal (variété de cactus dont les feuilles se mangent crues en salade ou frites, sans les épines évidemment). C’est aussi le paradis des fruits tropicaux. En plus des fruits classiques, s’étalent des ananas, des bananes, des papayes, mangues, goyaves et autres fruits moins connus comme le mamey, la grenade, la chirimoya (pomme canelle), la tuna (fruit du figuier de Barbarie) ... Nous rentrons les bras chargés de bonnes choses que nous cuisinons en rentrant.
Le reste du week-end est plutôt calme ; l’altitude me fatigue un peu , le décalage horaire aussi. Mes proches me manquent mais il y a tellement de nouveautés dans ma « nouvelle vie » que les journées passent très vite. Je commence a prendre doucement mes marques.


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2- Le début du chantier (9-10 mai)

L’appartement de Luis est très agréable. A la façon « Auberge espagnole » (pour ceux qui ont vu le film), la cohabitation avec Luis, mexicain, Leen, belge, Rachel, taiwanaise, parfois Christelle, estonienne, Gwenaelle, Coralie et moi-même, françaises se passe à merveille pour l’instant.

Durant ces quelques jours, la richesse de ces rencontres est inestimable. Chacun tente de dialoguer dans le « langage » de son interlocuteur/rice, les gestes faisant le reste, et l’apprentissage des langues, le point central des échanges, la clé de la relation, devient ainsi beaucoup plus ludique.

Une espèce de routine s’installe linge, Internet, courses, préparation des repas ...
 
Lundi 9 mai

Je découvre le détail de mon projet de volontariat. Mon travail consiste a m’occuper de bébés et de jeunes enfants placés (de 15 jours a 18 mois) dans un orphelinat. Dans l’attente de parents adoptifs, "los niños" restent dans ce centre public, qui s’apparente a nos foyers en France, a la différence qu’ici, il y a peu de travailleurs sociaux. En effet, a l’exception de la psychologue et du personnel médical, ce sont des « mamie's» qui s’occupent du quotidien et de l’éducation de ces enfants. Et ce sont donc avec ces "mamie's" que je vais travailler durant 5 semaines.

Cette première journée se déroule plutôt bien. Une autre volontaire vendéenne, Marie-Lou, là depuis 4 mois, guide mes premiers pas dans cette institution en même temps qu’elle guide ceux des pitchouns dont nous avons la responsabilité. Marie-Lou, babacoole de première, m’est aussi d’une tout autre utilité. En effet, celle-ci me branche rapidement sur tous les coins a la mode de Toluca, me propose de l’accompagner dimanche a un festival international de reggae a Mexico et, grande amatrice de "pulque", me fournit toutes les informations sur « où aller pour goûter a cette spécialité ».
Pour ceux qui ne connaissent pas (comme moi avant mon arrivée), le pulque est une boisson alcoolisée faite a base de maguey (variété d’agave), fermentée au lieu d’être distillée. On peut le boire nature ou sucré dans quelques endroits pour touristes ou dans les pulquerias, c’est a dire des espèces de bars glauques plus ou moins autorisés. C’est le seul alcool qui existait au temps des aztèques, ceux-ci ayant d’ailleurs le droit d'en boire qu’a de très rares occasions (en dehors de ces moments, s’enivrer était puni de mort).

Mon projet est assez intéressant, notamment de ma place de travailleur social, ceci dit, je me sens un peu isolée. Je suis un peu déçue en rentrant de l’orphelinat dans ce bus brinquebalant, car au lieu de retrouver l’ambiance colo des chantiers, c’est plutôt l’ambiance boulot (a mi-temps certes, mais boulot quand même !).

J’oublie vite cette petite déception dès le début de la soirée. En effet, chez Luis, en plus de mes co-locataires habituels, je retrouve Julie, une parisienne expatriée depuis 10 mois, qui effectue un stage de 3eme année pour ses études de Sciences Po, avec son copain, Miguel, qui n’est autre que le frère de Luis.

La soirée commence festive, mais tandis que les heures passent et que la bouteille de rhum se vide (pour la moitie au moins par Miguel), je regrette de ne pas être plus mêlée aux jeunes mexicains. Mais soudain, Luis qui semble lire dans mes pensées, propose de terminer la soirée chez Severino, un ami a lui, a quelques pas d'ici. Nous voila donc tous partis dans les deux voitures pourries de nos deux seuls autochtones.

Au cours de la soirée, nous sommes initiés a tous les jeux mexicains, pour la plupart semblables aux nôtres : le uno, les dominos cubains, le rami (avec des cartes différentes des nôtres), la marana (le « kilo de merde » français) ... Ce qui me vaut comme « castigo », (un gage, une punition, incontournable ici vraisemblablement) de chanter notre cher hymne national, avec un casque sur les oreilles de salsa afin de rendre l'exploit plus difficile pour moi et plus rigolo pour le public.

La fête se poursuit assez tard dans la nuit. Nous rentrons, épuisés.

Mardi 10 mai

Première petite "galère" ce matin.

Prête pour rejoindre Miguel et Marie-Lou, une petite cigarette s’impose avant de partir sur le projet. Soucieuse de ne pas enfumer l’appartement, je sors dans le couloir, accompagnée de Coralie. Absorbées par le déroulement de notre journée, nous oublions de bloquer la porte d’entrée comme a l’habitude (qui ne s'ouvre sans clé que de l'intérieur). Et soudain ... boum, la porte de l’appartement claque sous nos yeux. Un rire nerveux nous envahit.

Tous nos co-locataires ont déjà quitté les lieux pour se rendre au travail. Sans argent, ni téléphone, ni numéro de téléphone d’ailleurs, nous sommes la, impuissantes, devant cette immense porte en bois que nous maudissons. Apres nos multiples et vaines tentatives pour trafiquer la serrure, nous décidons d’attendre patiemment l’arrivée d’un de nos co-locataires ... 1H, 2H, 2H30, 3H d’attente ... et nobody a l’horizon.
Nous rassemblons nos neurones pour chercher une solution. Apres avoir ameuter tout le voisinage, retour a la case départ. Ceux-ci nous proposent gentiment le gîte mais il nous faut absolument prévenir quelqu’un a présent car notre patience a des limites !
Gênées, nous mendions un téléphone a un passant qui nous autorise (pas de bon cœur mais nous n’avons pas bien le choix) un appel sur son portable. Coralie peut donc joindre ses parents en France (elle a eu la bonne idée de leu laisser le numéro de portable de Luis) lesquels appellent Luis dans la foulée.

Bref, 4H plus tard, nous sommes libérées de notre « calvaire » !

La fin de l’après-midi est familiale. Fête des mères oblige. Ici, c’est un grand évènement. Le jour est férié et les mamans sont vraiment mises a l’honneur. Le repas dans la famille de Luis, typiquement mexicain, est excellent (vraie paella).

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3 - L’immersion dans la vie mexicaine (10-11-12-13 mai)

Mercredi 11 mai  

L’université ou je dois prendre mes cours d’espagnol est encore fermée jusqu'à demain.

Direction le DIF (nom de l’orphelinat). Je commence a me familiariser avec le travail, a mieux connaître le personnel, à rencontrer des gens de Toluca …

La saison des pluies a commencé et même s’il n’y a, en général qu’une ou deux averses en fin d’après-midi, cela suffit, aujourd´hui, pour me tremper jusqu’aux os le temps d’arriver chez Luis. D’autant que les flaques, énormes, sales et boueuses m’éclaboussent jusqu’au cou a chaque passage de voiture.

Je m’habitue aux transports, aux bus appelés ici « los camiones », peu confortables, avec, au volant, des chauffeurs très sympathiques mais complètement inconscients sur la route. Néanmoins, ceux-ci ont le mérite de s’arrêter ou l’on veut sur un simple signe de la main au détour d'une rue. Il n'y a pour ainsi dire quasiment pas d'arrêt de bus et il me faut bien prendre garde a visualiser de loin les destinations écrites sur le pare-brise souvent cassé pour pouvoir interpeller le chauffeur rapidement afin qu'il n'ait pas trop de difficultés pour me récupérer. 

Par contre, je m’habitue beaucoup moins aux horaires de repas : un bon petit déjeuner (el almuerzo) vers 10H et un vrai repas vers 16H30. Ceci dit, la plupart des mexicains ne respectent pas ces horaires et chacun mange finalement quand bon lui semble.

Je fais connaissance avec mon futur "hébergeur", Joachin (ma famille d’accueil en quelque sorte ou je n’irai que demain), un mexicain de 37 ans divorcé et père d’un petit garçon dont il n’a pas la garde durant la semaine. Joachin me fait bonne impression. Ce dernier semble très drôle. Sa réputation de distrait, désordonné et « cool » correspond assez a mon tempérament et fait l’unanimité auprès des volontaires. « You’re really lucky » me répetent une à une, mes nouvelles amies, « Joachin is really great and his house is beautiful ». Joachin vit a Metepec, un petit village attenant Toluca, a 45 minutes en bus du centre. La tradition de ce très joli village aux maisons basses et aux toits de tuile, sont les soleils en terre, peints de couleurs vives, et surtout les fameux « arbres de vie » (« arbóles de la vida ») en céramique. L’arbre de vie, en forme de chandelier est en fait une sculpture recouverte d’une multitude de petites figurines en argile : des fleurs, des personnages d’Adam et Eve, des animaux (notamment l’éléphant, la girafe et le serpent). Sur beaucoup, au sommet de l’arbre, trône Dieu, le père de la création qui donne la vie a l’ensemble. Il faut rappeler que la religion tient une place très importante dans la vie des mexicains, mais je vous en parlerai plus tard.

La soirée se poursuit au bar "El Arte" tenu par un homme très original, dans le centre-ville de Toluca, et se prolonge jusqu'à minuit et demie. Leen, Rachel et moi retrouvons Mike, un business man américain de Chicago, installé au Mexique depuis 9 ans, également grand musicien (tromboniste) d’après Leen, ma colocataire belge flamande, qui est aussi sa petite amie depuis 2 mois.
Un autre ami a Leen, Rafa, mexicain, termine la soirée avec nous. Rafa est guitariste et joue a l'Arte tous les vendredi, samedi et dimanche; il se dit passionné par la culture anglaise et particulièrement par les Beatles et Queen.
Pendant que tous palabrent, je sifflote mon verre de piña colada, tout en me concentrant pour essayer de saisir ce qu’il se dit autour de notre table basse. Mais il m’est déjà difficile de comprendre l’anglais en temps normal alors imaginez avec la musique en fond sonore et surtout les accents mexicain, flamant, américain (passe encore) et taiwanais.
Le mexicain nous parle de musique, de son rêve de vivre en Europe pour percer dans la chanson, des conditions de vie des habitants au Mexique qu'il déplore. L'américain, lui, raconte son exode au Mexique pour son travail qui lui rapporte aujourd´hui énormément d'argent. La belge m'explique le déroulement de ses études de travailleur social dans son pays natal et la taiwanaise sa passion pour les civilisations mayas. Sur un air de guitare, joué par Rafa, nous partageons un moment très agréable, dans ce bar plutôt select et décoré entre autres par de nombreuses reproductions de peintures de Picasso,  Goya et Miro.

Lorsque nous traversons Toluca en taxi pour rentrer se coucher, je remarque avec étonnement qu'a cette heure-ci il n'y a déjà plus âmes qui vivent dans les rues de cette ville de 900 000 habitants. Rachel, partie dans sa famille d'accueil hier, dormira exceptionnellement avec nous chez Luis, compte tenu de l'heure tardive. Sa "mère" de famille semble assez conservatiste (je le constaterai plus tard maintes fois dans la plupart des familles mexicaines) et il est difficilement concevable que Rachel, jeune femme, même avec ses 26 années, sorte le soir seule. Elle lui en tiendra rancune plusieurs jours.

jeudi 12 mai

Ce matin, Luis nous emmène a l'Université ou nous allons, Coralie, Rachel et moi passer un test d'évaluation pour déterminer notre niveau d'espagnol.

Rachel et Coralie ont un niveau débutant (normal, elles n'ont jamais appris cette langue a l'école), quant a moi, mon niveau intermédiaire parait poser problème. En effet, pour bénéficier des cours, il me faudrait un professeur particulier. Or, cette perspective coûte trop cher a l'association. Luis me rassure en me disant qu'il essayera de trouver une solution pour moi.

Exceptionnellement, je ne me rend pas au DIF aujourd'hui. Je profite donc de mon temps libre pour les taches courantes (linge, Internet, rédaction de mon journal, téléphone ...). 

J'apprends que je n'irai pas chez Joachin avant lundi. La journée passe vite, le temps de regarder un DVD (le dessin animé "les triplettes de Belleville"), de travailler un peu mon espagnol et d'une petite lecture qui  m'instruit sur l'histoire du Mexique et il est déjà l'heure d'aller dormir.

Mon sommeil est très agité, je commence même à rêver en espagnol, c'est assez étrange ...

Vendredi 13 mai

En arrivant aujourd'hui a l'orphelinat, je passe, comme a l'habitude devant le bâtiment des enfants placés de la maternelle, celui du primaire puis celui des adolescents. Je m'arrête un moment pour regarder un groupe de petits garçons dans la cour, certainement en récréation. C'est drôle, quelques secondes, j'ai l'impression d'être dans la cour des "Choristes" . Pas pour le décor bien sur qui n'a absolument rien a voir avec l'après-guerre français mais pour l'uniforme que tous ces enfants portent : short vert kaki foncé et chaussettes jusqu'au genou. Les filles en rang, dans une autre cour (je remarque par la même occasion pour la première fois que l'école n'est pas mixte), sont également vêtues d'un costume : jupes plissées écossaises qui arrivent aux genoux et chemises bleues marines, petites cravates dans les mêmes tons que le bas (rouge et vert), chaussettes blanches si hautes qu'elle ne laissent voir qu'un centimètre de leur peau.

Les vêtements des élèves, identiques pour une même classe mais variables d'une classe a l'autre et d'une école a l'autre, sont tous trop classiques à mon goût. Les petites filles se retournent vers moi et me sourient longuement. Elles doivent s'interroger sur mes origines et les raisons de ma présence. Malgré leur look "vieillot", je les trouve très jolies avec leurs deux tresses qui tombent chaque coté de leurs joues, toutes brunes aux yeux noires.

Les bébés dont je m'occupe, ne sont eux, pas tous vêtus pareils. Néanmoins, leur coupe de cheveux est identique (boule a zéro). Les mamie's portent également toutes la même tenue, pas très élégante, c'est le moins qu'on puisse dire. Robe serrée a la taille, arrivant aux mollets, a gros carreaux blancs et marrons, dentelle au col et aux manches. Ecoutant toute la sainte journée des cantiques, elles ressemblent a des religieuses. Celles-ci sont,en tout cas, très sympathiques et très maternelles avec les bébés.

Ce matin, en partant, Luis m'as dit que ce soir, nous pourrions aller faire un tour à la feria de Metepec. Je suis donc assez pressée de rentrer pour cette soirée.

Marché nocturne typiquement indien, exposition artisanale, parc d'attraction, bodegas, mariachis, rodéo et danse salsa. Baila baila, papas a la spirale y a la francesa en main, Rachel et moi, découvrons du haut de notre manège, tête en bas, l'ensemble de la féria qui rassemble une grande foule constituée en majorité de la jeunesse mexicaine.
J'aime beaucoup cette atmosphère "western". Au milieu des cow-boys et des indiens, des taureaux et des chapeaux, des santiags et des lainages, je erre avec Rachel qui recherche un Coca-cola. Mais c'est incroyable, ici de grandes affiches Coca Cola cachent l'horizon (en plus de la publicité Corona et des candidats a l'élection du prochain "gobernor") et il nous est extrêmement difficile de trouver cette boisson mondiale.
Nous pouvons cependant goûter au "mole" blanc, noir et vert. Parmi ces trois différentes sortes de mole, je préfère de loin, le blanc, le mole poblano (spécialité de la ville de Puebla) qui est une sauce faite a base de cacao, amandes et d'une dizaine d'autres ingrédients dont, bien sur, toutes sortes de piments. Quel régal ! Le mole oaxaqueno (de la ville d'Oaxaca) est une sauce noire comme de l'encre, c'est la réduction d'une purée de poivrons avec du millet, des oignons et des bananes caramélisés. Mais moins bon à mon goût. Nous testons également les papas a la spirale, des bonbons a la cacahuète ...
Devant les étales de bijoux et de vêtements typiques, nous ne pouvons nous retenir de faire des achats : une veste en laine (aux couleurs vives que nous connaissons de l'Amérique latine), fait main a l'indienne pour ce qui me concerne. Rachel, elle, se laisse tenter par un "reboso" (grand châle tissé rectangulaire en coton).

La fête est égayée par plusieurs scènes musicales, dont un orchestre de traditionnels mariachis. Habillés d'un pantalon noir au plus près (parfois blanc dans les rues de Toluca), brodé d'or ou d'argent, veste très courte, brodée elle aussi, lavalliere bouffante, sombrero et bottes a talons, ces musiciens me font penser aux costumes des amis de Zorro. A la base, ces orchestres jouaient dans les mariages de la bourgeoisie mexicaine (d'ou leur appellation "mariachis"). Ils sont composés de deux ou trois guitares, autant de violons, deux chanteurs, deux flûtes et deux trompettes. Ces musiciens ambulants sont très nombreux a Toluca. Ils sont en général sur le zocalo ou aux "portales" (les halles) et jouent quelques airs traditionnels jusque tard le soir. Les mexicains en raffolent, moi un peu moins, je n'ai jamais trop aimé les musiques de fanfare. Mais ici, il parait qu'on fait régulièrement appel a eux, souvent pour qu'ils aillent jouer sous le balcon de la bien-aimée et ce, pour des sommes considérables (entre 1500 et 3500 pesos la prestation, soit de 110 a 250 euros environ).

Malheureusement, il est trop tard pour pouvoir assister aux spectacles de rodéo (appelé ici "la charrería"), aux combats de coq (spectacle assez cruel parait-il) et aux courses de taureaux.

Nous finissons donc notre excursion dans une bodega très animée. Tous ceux qui m'accompagne commandent un grand verre de bière, la boisson nationale après la tequila. Pour ma part, comme je n'aime pas trop ça, je ne prend rien, surprise et vite repoussée par le prix bien trop élevé des autres boissons pourtant habituellement bon marché au Mexique.
Les amis de Miguel que nous retrouvons sont d'excellents danseurs de salsa, de meringue et de cumbia. Mais une fois qu'ils commencent a danser, ils ne s'arrêtent plus. .. A 4h du matin, lorsque nous décidons de partir, ceux-ci sont toujours sur la piste, virevoltant de plus belle.

Soudain, une bagarre explose. Une quinzaine de jeunes en entoure un autre couché par terre, et le martèlent de coups de pieds très violemment. Un autre groupe intervient pour dégager la pauvre victime de ses agresseurs. Les gens ont vraiment tous trop bu. L'endroit devient assez dangereux a cette heure avancée de la nuit. Nous partons.

Mais la soirée n'est pas terminée pour nous. Sur la route du retour, des sirènes et un gyrophare derrière nous, nous font comprendre qu'il nous faut nous garer. Arrestation par la police ... 

Et tous les mexicains vous le diront, ici, moins on a affaire a la police, mieux on se porte. A tel point que quand ils sont victimes d'un vol ou d'un cambriolage, la plupart préfèrent, d'après le Guide du Routard, ne pas déposer plainte plutôt que d'aller au commissariat. Imaginez les Ripoux en dix fois plus corrompus ... et dix fois moins bien payés ! Ici, pour être policier, pas besoin de faire des études, de passer un examen ou de faire preuve de civisme. Il suffit d'acheter sa plaque, son uniforme et ... son revolver. Recevant un salaire pas même suffisant pour vivre, les policiers doivent pourtant verser de l'argent a leur supérieur, chaque jour, pour avoir le droit d'être dans un quartier. Il est reconnu que nombre d'agressions sont le fait de policiers. Un exemple parmi d'autres : on a découvert que les innombrables kidnappings qui avaient lieu a Cuernavaca étaient couverts par le chef de la police judiciaire, avec la complicité du gouverneur de l'Etat ¡

Il s'agit donc de ma première expérience avec ces policiers si mal réputés. Or, ça commence mal pour nous, le permis de Miguel n'est plus valide. Ici, les permis doivent être renouvelé tous les 5 ans (je crois), il s'agit juste d'une formalité mais cela coûte très cher. Voila pourquoi la plupart des mexicains conduisent sans permis. Pour couronner le tout, Miguel conduisait en excès de vitesse. Moi, Julie et Rachel restons dans la voiture, sur les instructions du policier moustachu.

Apres au moins 1/2 heure de discussion avec les deux agents, Miguel revient, silencieux, chercher 50 pesos (soit même pas 4 euros) qu'il donne aux policiers corrompus sur le bord de la bande d'arrêt d'urgence de cette trois voies, pour le laisser partir sans plus d'embètement. Ce n'est donc pas une légende, même si elle tend a diminuer depuis un an ou deux, "la mordida" est bien réelle avec la police mexicaine. Ainsi, au lieu de vous faire payer l'amende officielle, Julie nous explique que le policier attend implicitement que vous lui graissiez la patte, et vous pouvez etre surs qu'a chaque fois, la "mordida " (c'est pourtant un délit) fonctionne, même pour des infractions graves. Je trouve cela assez déplorable, mais au moins Miguel n'aura pas eu plus de tracasseries policières.


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4 - Un week-end au Mexique (14-15 mai)

Samedi 14 mai

Visite (avec Luis, Coralie, Rachel et Marilou) des Pyramides de Tenango, un petit village a 1/2 heure de Toluca ou vit une partie de la famille de Luis. 

La visite est très agréable mais ces pyramides, peu anciennes (qui datent de 1400 après J.C), n'ont rien d'exceptionnelles ici ou les sites aztèques et mayas sont nombreux. Je consacrerai donc plus d'explications a l'histoire de ces civilisations dans la suite de mon journal, lors des visites de sites précolombiens qui me paraissent beaucoup plus intéressants et qui sont programmées pour plus tard au sud du Mexique.
Epuisés par toutes les marches que nous avons du monter pour atteindre le sommet des pyramides, nous prenons une pause dans un restaurant très typique au sein du village. Pendant ce temps, une soirée se prépare avec tous les volontaires étrangers et les personnes de l'association SIJUVVE, partenaire de l'association française Jeunesse et Reconstruction chez les cousins de Luis.

La maison de ces derniers est superbe. Durant la soirée, comme bien souvent ici, des jeux autour d'un grand feu nous amènent à nous connaître davantage dans une ambiance très conviviale, sans oublier la coutume du "castigo" (dont j'ai déjà fait allusion précédemment) pour chaque perdant.

Le buffet regroupe encore une fois toutes sortes de plats traditionnels : des tacos (tortilla garnie de viande de boeuf, de porc, de foie ou encore de cervelle), du guacamole pour accompagner les tacos (connu en France : c'est une purée froide d'oignons et d'avocats, a peine relevée de piments), du pozole (soupe de maïs, de viande et de pois chiches), l'incontournable pollo (qu'on trouve absolument partout et a toutes les heures ici : ce sont des morceaux de poulet cuisinés a l'étouffée dans une feuille de bananier), en dessert de la gélatine de fraise et de citron vert.

Apres le long cours sur la culture et la géographie mexicaine dont l'oncle de Luis me fait brillamment bénéficier, ce dernier, collectionneur invétéré d'antiquités, me dresse le détail de l'histoire de quasiment tous les objets et meubles qui garnissent sa jolie maison. Je ne comprends pas tout de son quasi-monologue rapide et passionné, mais je réalise que la famille doit être quand même aisé pour pouvoir s'offrir tout cela.
Son discours est intéressant, mais je remarque que tout le monde a quitté le feu dehors pour rentrer dans la salle de réception; c'est qu'il commence a faire frais a 2h du matin a 2800 m d'altitude !

Aussitôt réchauffés, tous les mexicains se jettent sur la piste de danse improvisée pour se déhancher. J'admire leur facilité a bouger sur la musique endiablée latino américaine. Pressée de faire mes premiers pas, j'accepte avec plaisir l'invitation d'Eder, le cousin de Luis et professeur de danse a ses heures perdues, lequel m'initie patiemment a la salsa. Les bases me paraissent assez simples mais les figures bien plus difficiles et je préfère m'asseoir pour regarder le spectacle.

Dimanche 15 mai

Visite de Taxco (avec Coralie et Rachel), a 3H de bus de Toluca.

La route est très sinueuse. La vue plongeante sur la campagne est désertique. Elle me rappelle les images du nord du pays que j'ai eu l'occasion de voir en préparant mon voyage.

Des chevaux sauvages ou en tout cas en totale liberté errent au milieu des cactus et sur le bord de la route caillouteuse. De nombreuses vachettes cherchent désespérément une herbe verte a brouter mais le sol rocailleux et poussiéreux explique leur maigreur.

Parfois, le bus croise quelques petits villages ou la majorité des habitants semblent beaucoup plus pauvres qu'a Toluca. Dans les habitations, construites de moellons non crépis et de toits de paille, des personnages qui semblent tout droit sortis d'un western américain avec leurs chapeaux et bottes de cow-boys, se prélassent autour de petites tables en bois en buvant de la bière et en mangeant des tacos. D'autres s'occupent des poules et d'ânes, aussi en liberté. Quelques enfants, guitares a la main forment des cercles. Plusieurs d'entre eux portent des tee-shirts sur lequel est imprimé l'image du Christ crucifié. Leurs visages indiens et leurs accessoires de cuir dénotent avec leur canette de Coca Cola. Le temps parait passer doucement pour tous ces paysans mexicains, au rythme de la nature qui les entoure ...

Je m'endors sur ces images qui me paraissent presque irréelles ...

Mes yeux s'ouvrent sur ma nouvelle voisine : une indienne, âgée, petite et ratatinée qui doit certainement se rendre au marché de Taxco au regard de la nature de ses "bagages". En effet, ses grands paniers ne laissent guère de place a mes pieds engourdis par 2h30 de trajet. Je salive en voyant un énorme panier rempli de grosses mures sauvages. Dans un autre, des grenades, puis dans un autre des petits citrons verts, un quatrième plein de nopal ...
L'indienne me baragouine quelques mots pour s'excuser, sans doute de l'encombrement de toutes ses marchandises. J'anticipe la descente du bus pour ne pas avoir a me dépêcher et renverser tout l'objet de ses revenus sûrement modestes. Son sourire édenté au milieu de son beau visage ridé et buriné, reste quelques secondes dans mon esprit après avoir quitter la chaleur de du bus, mais disparaît vite une fois immergée dans l'animation marchande de Taxco.

Taxco est une ville touristique classée monument national. Son labyrinthe de ruelles et d'escaliers qui dévalent les pentes raides des collines, est un enchantement ¡

Les maisons blanches aux toits de tuiles me font oublier mon environnement habituel (Toluca) ou les toits des habitations sont tous plats, servant pour la plupart du temps de terrasses. Mais a l'inverse du paysage rencontré sur la route, Taxco, avec son charme colonial, n'est pas caractéristique du Mexique profond même si cette petite ville reste très pittoresque.

La grande spécialité de Taxco est l'argent (le matériau pas le billet !) ici très bon marche (je ne manquerai pas d'ailleurs de m'acheter quelques bijoux). Elle remonte a l'arrivée des espagnols qui arrivèrent dans le coin en 1522 et qui voulaient de l'étain pour couler des pièces d'artillerie. Mais c'est de l'argent que découvrirent les prospecteurs de Cortes. Plus tard (au 18eme siècle), alors que les mines avaient été épuisées, l'arrivée d'un aventurier aragonais, Jean Joseph de Laborde, fit fortune en découvrant et en exploitant la mine de San Ignacio près de la ville. Mais les gisements s'épuisèrent a nouveau.
Depuis une cinquantaine d'année, Taxco est redevenue un centre artisanal très actif, ou plus de 1500 artisans fabriquent des bijoux, des pièces d'orfèvrerie, de la vaisselle. Paradoxe puisque les mines ne produisent pratiquement plus rien depuis longtemps. En fait, l'argent provient d'autres régions du Mexique (le pays est premier producteur mondial). C'est le Canadien William Spratling qui, dans les années 1930, a relancé l'activité en fondant le premier atelier et en créant des bijoux d'après des modèles indiens. Taxco devait ainsi devenir la capitale de l'argenterie.

Au marché, couvert par des bâches, je me promène au milieu des étals qui n'en finissent plus, dans ces rues étroites et pavées de  pierres minuscules. Les petites coccinelles et petits vans sont quasiment l'unique moyen de locomotion ici. Une fanfare sur le zocalo fait l'animation des touristes bien plus nombreux qu'a Toluca.

Je ne profite cependant pas trop de la journée, gênée par la fatigue (seulement 2h de sommeil a cause de la fête d'hier). De plus, Coralie qui m'accompagne, un peu malade et qui ne veut plus marcher, préfère que je reste près d'elle, trop apeurée par la foule. Je supporte donc durant 3H ces plaintes sur la chaleur, le bruit, la poussière, les odeurs, la saleté, la fatigue, et même ses remarques désobligeantes auprès des gens sur leurs différences vestimentaires, alimentaires, hygiéniques .. J'ai donc un petit coup de blues et je me promets de faire mes visites mieux accompagnée la prochaine fois. Je déteste par dessus les voyageurs qui manquent de respect a la population locale. On n'est pas obligée d'aimer un lieu mais on se doit, me semble-t-il, de rester poli et tolérant, sinon on reste chez soi.

En attendant notre bus pour rentrer a la gare de Taxco, j'observe la foule, bien plus indigène que dans les grandes villes. Je remarque que beaucoup viennent acheter des bijoux en argent en grosses quantité, sans doute pour les revendre plus cher ailleurs.

Le retour est semblable au premier, sauf que la nuit commence a tomber et que la lumière du crépuscule rend la nature encore plus belle. Le temps d'attraper de quoi avaler a Toluca et me voila chez Luis pour une bonne nuit de sommeil.

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5 - Mon nouveau logement (16-17-18 mai)

Lundi 16 mai

Au projet, je trouve les enfants de plus en plus attachants. J'aurai envie de donner à ces petits bouts tout l'amour de la Terre pour qu'ils puissent grandir, s'épanouir et faire face a toutes les épreuves de la vie avec le même "capital affectif" que ceux qui ont la chance d'avoir des parents attentifs. Ce qui me gêne tout de même, c'est que je ne suis là que pour un mois, comme beaucoup de volontaires, et que ces enfants doivent revivre "l'abandon" a chaque départ d'un/e volontaire. Comment ressentent-ils cela ? Quelles conséquences risquons-nous, même si nous tentons de leur donner un maximum d'affection et d'éducation, sur leur évolution ? Si j'en ai l'occasion, il faudra que je questionne la psychologue à ce sujet ...

Marilou arrive a 14h au lieu de midi a l'orphelinat, trop fatiguée mais enchantée de son concert de reggae hier (je n'ai finalement pas pu l'accompagner suite à un problème de places ...).

Apres m'être risquée à essayer un nouvel itinéraire en bus, par paresse d'attendre le bus habituel, et m'être égarée quelques peu dans les bas quartiers de Toluca, c'est dans une zone résidentielle que je termine ma soirée, chez Juan.
En effet, j'apprends que Joachin ne peut pas m'héberger pour l'instant (le jeune architecte est trop occupé par son travail). C'est donc Juan, son plus jeune frère, qui nous emmène, moi et mon sac à dos, dans la maison qu'il vient d'acheter.

Mais surprise ... en arrivant sur les lieux de mon nouveau toit : l'appartement est vide !
Juan n'a, en fait, pas encore emménager. Un matelas a même le sol et quelques couvertures sont mon unique mobilier dans ce logement resplendissant et neuf. La cuisine brille de mille feux, mais elle ne possèdent ni frigo, ni four, ni vaisselle !
C'est donc au restaurant du coin que nous prenons un bon repas, a 23H, avant de rentrer inaugurer les lieux pour un sommeil lourd et réparateur.

Mardi 17 mai

Je me lève, la tête un peu enfarinée par les restes de plâtre qui jonchent le sol de ma nouvelle chambre. La vue, par cette fenêtre du 1er étage, est plutôt jolie mais une odeur d'égout gâche un peu la beauté du moment. En retard pour l'orphelinat, Juan se propose de m'emmener au DIF.
Sa belle et grosse auto bleue nuit (Juan travaille chez Général Motor et semble passionné par les gros bolides), est impeccable. C'est à peine si j'ose entrer, quel luxe !

Le quartier ressemble un temps soit peu aux casernes de gendarmerie dans lesquelles j'ai eu l'honneur de me rendre régulièrement (en France) lors de mon premier stage d'assistante sociale. Petites maisons mitoyennes, neuves, toutes semblables, peu typiques au pays, petits jardins devant et derrière, allées quadrillées, parc pour enfants, école, petite épicerie. Et tout l'ensemble est clos par de hauts murs roses et par un immense portail surveillé par un tout petit vigile a l'entrée. Pour sortir comme pour entrer dans cette belle "prison chic", un pass est obligatoire.

Avant de sauter de mon beau carrosse devant le portail du DIF, Juan me laisse les clés de sa maison pour me laisser l'entière liberté d'aller et venir.

En arrivant a l'orphelinat, j'apprends que 4 des enfants que nous avons, sont proposés a l'adoption et partiront bientôt. Parmi ces quatre, la petite Fabiola (une de celles et ceux auxquels je me suis beaucoup attachée avec Rodrigo, Miguel, Luis et la Tutcha) va retourner dans sa famille. Le juge a établi la garde à la grand-mère; sa mère, prostituée a été déchue de ses droits parentaux.

Ni moi ni les mamie's ne connaissent l'histoire de la plupart de ces enfants. Certains sont emmenés ici par les mères elles-mêmes, d'autres par le personnel médical, d'autres sont trouvés dans la rue et ramenés par les gens ou la police. Certains ont été récupérés après un kidnapping (cela arrive parfois, dans les milieux mafieux notamment). Enfin, d'autres sont placés par la justice qui estime que la famille ne peut subvenir aux besoins vitaux de l'enfant.

Ma journée est bien remplie : biberon, bain, jeux, repas. Ces 39 bébés occupent largement tout notre temps à moi, Marilou et aux six autres mamie's.

En fin d'après-midi, je rejoins d'un pas pressé mes compatriotes à l'Arte. L'équipe de volontaires dénotent au milieu de tous ces jeunes à la peau mate, venus, pour la plupart, boire une bière. Les deux jours sans voir Coralie ont rétabli la "paix" entre nous, de même que nos fous rires provoqués en partie par ses mésaventures avec les bus et sa famille d'accueil.
Nous projetons devant notre café crème de visiter Mexico City ou les Pyramides de Teotihuacan ce week-end avec Thérèse, une volontaire suisse, Marilou et Rachel. Leen et Rafa donnent le tempo avec la précieuse guitare du musicien mexicain que je connaissais de ma première et dernière soirée a l'Arte.
Le temps passe trop vite, il est déjà l'heure de rentrer et oups ... je m'aperçois que je ne sais plus le nom du quartier de mon nouveau domicile pour rentrer en bus. Heureusement, un appel téléphonique a Luis et tout rentre dans l'ordre; celui-ci me ramène a la casa vers les 20H, et dans les embouteillages interminables de Toluca, me montre l'itinéraire a suivre pour rentrer a "Los Heroes" (mon quartier).

Comme j'ai très faim, Juan qui a pris soin d'acheter 2 tasses, 2 assiettes, 1 poele et de quoi manger, propose de me montrer comment on cuisine les "quesadillas" (tortilla garnie au choix de fromage, de viande, champignons, fleur de courgette, cervelle ... frite dans l'huile ou simplement cuite sur une plaque).
C'est avec attention que suis les instructions du chef et avec un appétit d'ogre que je m'avale ce délicieux "sandwitch". Puis, assis sur une caisse a outils et une chaise de camping au milieu de la cuisine sans vie, autour d'un nescafé (le "vrai" café est introuvable ici paradoxalement au fait que le pays est le 6eme exportateur mondial de café) , Juan et moi papotons de la vie quotidienne mexicaine et française. Juan parait très ouvert et je trouve que l'analyse qu'il fait de sa patrie est très intéressante. Nous causons donc politique, économie, famille, religion, travail ... Nos paroles raisonnent dans ces murs pas fini de peindre. Cet échange m'ouvre encore davantage les yeux sur le monde.

A minuit, comme tous les soirs a cette heure sur toutes les stations de radio, l'hymne national mexicain (c'est encore une tradition) clôt le débat et nous annonce qu'il est l'heure d'aller au lit.

Mercredi 18 mai

Rendez-vous a l'Université pour les cours d'espagnol. Comme je n'oublie pas de me perdre dans l'immensité de la cité U avant de trouver ma salle de classe, j'arrive une demi-heure en retard.

Pour l'instant, faute d'avoir trouvé un professeur particulier, je suivrai les cours du niveau débutant, m'annonce une señorita à lunettes.

Attablée a mon pupitre avec Coralie, Rachel et une étudiante américaine, j'écoute studieusement la jeune femme qui se présente comme enseignante. Je devine, a travers les regards interrogateurs et perdus de mes deux camarades, qu'une aide serait bienvenue. Apres quelques secondes d'hésitation, je tente de traduire les propos de notre jeune professeur en français puis plus difficilement en anglais. Et c'est avec fierté que je réussis l'exploit et que je remarque les visages rassurés de mes ex-colocataires.

Le premier cours ne durera qu'une demie heure. Aussi, nous décidons avec Rachel et Coralie, excitées par nos retrouvailles avec les années étudiantes de faire l'école buissonnière ou plutôt "le projet buissonnier" ! Nous avons toutes quantité de choses à faire en centre-ville, nous n'irons donc au projet qu'après !

Me voila parée pour plusieurs semaines : les deux cartes téléphoniques (spécifiquement réservées aux appels internationaux) que cette petite excursion en ville me permet d'acheter, me coûtent 200 pesos (soit 14 euros environ) et m'offrent 1H30 de communication en France (à condition de téléphoner d'un fixe et non d'une cabine). Je trouve également un cybercafé vraiment bon marché (5 pesos l'heure) avec café gratuit, boissons et gâteaux a vendre, musique d'enfer, zone fumeur et non fumeur, webcam, ADSL, ambiance jeune et décontractée. "Le projet buissonnier" est donc bien fructueux. Sans aucun remord, je décide quand même de faire un tour a l'orphelinat pour excuser mon absence.

Pour rentrer chez Juan, il me faut changer de bus dans la rue "Morelos". Apres les halles (los Portales) et le zocalo, c'est la rue où je préfère me promener à Toluca. Bien qu'il n'ait rien d'exceptionnel sur le plan architectural et culturel, Morelos est LE quartier populaire de Toluca et un des plus animé.
Lecteur MP3 aux oreilles, sur le trajet du retour, je jette un oeil dans mon guide (Le Routard) qui me suis partout, pour savoir qui est ce cher Jose Maria Morelos, a qui on a pu dédier une rue si importante. J'apprends donc que ce brave homme, n'est autre qu'un curé, héros de la guerre d'indépendance (1810-1821) qui, en habile tacticien, a réussi a occuper une grande partie du sud-ouest du pays. J'apprend par ailleurs qu'il a laissé son nom plus qu'a cette rue, a un état entier du Mexique.

La soirée est calme. J'entend Juan arriver presqu'au petit matin. Ma nuit par contre est courte et mouvementée. De drôles de rêves pour ne pas dire cauchemars me réveillent a plusieurs reprises. Mais je me dis que c'est plutôt bon signe, car en France, mon sommeil est toujours très agité. Mes émotions s'évacuent sans doute ainsi et c'est peut-être tout simplement que mon corps et mon esprit reprennent leur cours normal. 

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6 - Le pays de la fête (19-20-21 mai)

Jeudi 19 mai

Devant l'entrée du quartier ou je loge, il y a le terminal des bus. Mais n'imaginez pas une gare routière comme on pourrait le voir en France, ce n'est en fait qu'un alignement de bus en bordure d'un petit chemin mal goudronné de campagne, au milieu de détritus et de constructions qui ressemblent à des bidonvilles. C'est donc la, ce matin, que je retrouve comme depuis le début de la semaine, tous les chauffeurs de "camiones" qui prennent leur pause. Lorsque j'arrive, quatre ou cinq bus stationnent dans cette zone banlieusarde de Toluca, et une dizaine de conducteurs sont en train de prendre leur "almuerzo" sur une petite table de camping au bord de la route et sous un parasol inutile a cette heure matinale. Une femme avec un tablier noir prépare le repas.

Le bus pour le C.U. (Centro Universidad) ne semble pas décidé à démarrer. Je m'avance vers la tablée pour demander a quelle heure est prévu le prochain départ pour ma destination. J'apprends alors que le bus vient juste de partir avant mon arrivée et que le chauffeur du prochain camion commence a manger a l'instant. Je m'assois donc pour discuter avec la tablée et leur brave servante qui me propose gentiment des tacos a avaler.

Ceux-ci sont étonnés de rencontrer ici une française, car Toluca n'est pas une zone touristique ni une jolie ville, d'après eux. Tous me conseillent, après mon chantier, de visiter la cote pacifique ou la mer des Caraïbes, ou le sud du pays (Oaxaca, Chiapas). Mais ces derniers semblent assez surpris lorsque je réponds que je ne recherche pas en priorité a visiter les zones touristiques. En effet, pour beaucoup d'entre eux les villes côtières comme Acapulco ou Cancun sont des lieux paradisiaques et s'ils en avaient les moyens pécuniers, ce seraient dans ces endroits qu'ils aimeraient séjourner pour se divertir. Il est donc certainement difficile pour eux de comprendre pourquoi je n'ai pas programmé de m'y rendre. Néanmoins, ceux-ci paraissent assez contents que j'envisage de visiter le Chiapas, zone peuplée d'indigènes (indiens) principalement, car sur le plan culturel, les chauffeurs me confirment que cette région est très authentique et en plus très agréable à visiter.

Une demie heure plus tard, "mon" chauffeur se décide a partir. Le bus est vide.

Le Christ et la Vierge Marie, sur le rétroviseur intérieur, m'accompagnent comme a chaque trajet. Mais la, c'est bien la première fois que je vois autant d'images et de figurines religieuses sur le devant du bus. Une énorme croix en bois trône au-dessus du tableau de bord, entièrement recouvert de moquette bleue, encerclée par des roses rouges en tissu. Tout autour de l'aubole, des médailles de la Vierge; à côté, une reproduction de la crèche sculptée dans du bois, tandis qu'à droite, sur le pare-brise, un grand Christ en fer forgé (comme on en voit souvent dans nos cimetières) regarde en direction de l'ensemble des passagers du bus. Enfin, un gros chapelet pendu sur un autre rétroviseur intérieur enfonce le clou du spectacle.

J'arrive donc une demie heure en retard a mon cours d'espagnol, tout comme Rachel qui me suit de quelques minutes. Aujourd’hui, Coralie vient sur le projet du DIF avec moi car les horaires de son travail ne sont pas adaptés avec nos cours ni avec l'emploi du temps de sa famille qui refuse de lui laisser les clés de la maison. Elle restera donc à l'orphelinat avec moi et Marilou jusqu'à la fin du chantier. Sur le trajet, Coralie me raconte, encore une fois ses mésaventures. Cette fois-ci, elle a cassé le lavabo et inondé la salle de bain de sa famille qui a du faire appel a un plombier a 11h du soir !

En me rendant à mon rendez-vous avec Leen, Christel et Rachel qui m'ont promis une soirée mouvementée, je croise dans les escaliers de l'immeuble de Luis de drôles de gens. Que font-ils donc à frapper a toutes les portes et à zieuter les arrivants ?
Rachel me renseigne en me disant qu'elle n'à absolument rien compris à l'objet de leur visite. Seule dans l'appartement de Luis, c'est elle qui leur à ouvert la porte mais Rachel ne parle pas espagnol. En partant, le couple étrange lui à tendu un dépliant. Grâce a ce document, je comprends qu'il s'agit des témoins de Jéhovah.
Lorsque j'interroge, plus tard, Luis a ce sujet, ce dernier m'explique que ce mouvement religieux se développe de plus en plus au Mexique. Les Catholiques sont largement majoritaires au Mexique mais leur nombre a bien diminué en une dizaine d'année (de 93% a 85% d'après le Routard). Cette baisse serait due a l'apparition des Témoins de Jéhovah, mais aussi des Adventistes, des Mormons ou des Cristianos. On compterait par ailleurs 10% de Protestants et moins de 5% de Juifs ici.

Le Mexique est un Etat laïc et la Constitution garantit la liberté de confession. Mais la religion catholique est très importante ici et je le vois a tous les coins de rue, dans tous les bus sans exception, les gares, chez les habitants, dans les hôtels, partout ... ou systématiquement un Christ et/ou une Vierge de Guadalupe vous accueillent. Très souvent, les passants font un signe de croix automatique devant les scènes bibliques.
Ici, la Vierge de Guadalupe est un véritable symbole national, elle représente le signe de ralliement du peuple mexicain. Depuis 1910, nommée par l'Eglise, elle est patronne de toute l'Amérique latine. Mais le Mexique continue de s'approprier jalousement la Guadalupe, symbole de la revanche de l'indigène sur l'Espagnol (compte tenu de son histoire), et d'une certaine manière, garantie d'une continuité entre les cultures préhispanique et hispanophone a travers un même culte à la "Madre".

Apres un long apéritif, je suis la bande de filles qui se préparent à sortir. Avec leurs sourires européens et leur tchatche habituelle, Leen et Christel parviennent a négocier des entrées gratuites dans un espèce de café-concert appelé "Los Diez" mais qu'elles surnomment "El otro lugar" (= l'autre endroit). Tables basses, canapés, ambiance tamisée, le bar n'est pas encore très peuplé a 23H.

Rafa et ses deux musiciens sont prêts à nous donner 2H de concert non stop. Les 3 serveurs âgés de 15 ans a peine sont aux petits soins avec nous. Le concert démarre avec des chansons mexicaines. Toute la salle accompagne le groupe, a l'exception de nous seules qui ne connaissons pas les paroles. Lorsque Rafa entame quelques chansons anglaises plus douces, les tables sont pratiquement toutes occupées. La fête bat son plein lorsque les musiciens décident de faire un break. La sono prend alors le relais avec de la "dance" espagnole et de la musique traditionnelle (salsa, meringue ...).
Apres maintes sollicitations, je finis par accepter de lever mon derrière du sofa pour danser un peu avec les amis de Leen et Christel tandis que Rachel tentent de nous prendre en photo.
Le concert reprend plus bluesy pour finir vers 4H.

5H du mat' : J'interpelle un taxi dans la rue qui me ramène à la maison.

Vendredi 20 mai

A 7H30, je prends ma douche mais impossible d'aller en cours après ma soirée d'hier. Je suis bien trop fatiguée. J'accumule beaucoup trop de retard de sommeil entre les longues discussions avec Juan et les sorties tardives avec mes autres amis ...

Le Mexique est vraiment le pays de la fête. La moitié des mexicains a moins de 22 ans (la pyramide des ages a la base élargie est typique des pays en voie de développement), ce qui peut expliquer ce goût pour la fête, mais pourtant, ici, tout est prétexte à la fête et pas seulement chez les jeunes. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir les guirlandes multicolores dans les rues et suspendre le drapeau national. Quant aux étudiants, le jeudi est jour de fête (un peu comme en France).

L'après-midi au DIF, j'apprends heureusement par Coralie que la prof  (aussi étudiante) était, d'après Gisela, la señorita a lunettes, malade et que les cours n'ont pas eu lieu.

Malgré les sollicitations insistantes de Marilou et Coralie pour sortir ce soir, je rentre vers 20h afin de me coucher tôt et récupérer ma nuit. Juan n'est pas la. Vers 3H du matin, je l'entends rentrer avec un ami et papoter 1H ou 2.

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Samedi 21 mai

Je réserve ce samedi aux taches quotidiennes. Juan part a Ixtapan de la Sal, chez sa soeur, tout le week-end.

Il y a maintenant dans l'appartement, en plus de la télévision, un lecteur DVD. Je vais pouvoir évaluer mon niveau d'espagnol en mesurant mes capacités a suivre un film en espagnol. Mais ce sera pour plus tard car je dois, en priorité, faire ma lessive (à la main), et faire quelques achats en ville.

Vers midi, direction le centre-ville. Dans le bus, je programme d'aller faire les boutiques dans la rue Hidalgo. Malheureusement, mon shopping sera de courte durée. En effet, ma petite escale au cybercafé est finalement plus longue que prévue car,  pour une fois, les horaires coïncident bien avec le décalage horaire de 7H avec la France; de plus, je peux désormais utiliser la web-cam, et le casque pour discuter en direct.

Dans la file d'attente du cyber, je retrouve Manuel, un autre abonné quasi-journalier du cybercafé, avec qui j'ai fini par sympathiser, qui me salue comme a l'accoutumée au Mexique par une seule bise. En effet, ici, pour se dire bonjour, les gens se font une bise sur la joue et s'embrassent en se prenant dans les bras. Selon le degré d'appréciation et de rapprochement, les embrassades sont plus ou moins longues et chaleureuses. Je trouve cela très convivial, et c'est aussi un bon moyen de savoir quelle estime les autres ont de vous, simplement en observant leur manière de vous saluer.

18H : Je téléphone dans la famille de Coralie pour savoir si celle-ci a prévu de faire quelque chose ce soir; je fais de même avec Marilou.

En les attendant, j'attrape une milanesa (torta) a "la vaquinita negra" (alias "la petite vachette noire"), mon boui-boui préféré et je me pose sur un trottoir dans le petit parc qui fait face a la cathédrale, sur le zocalo, pour manger tranquillement mon repas.

Puis, tout en rédigeant mon journal, j'observe la cohue de l'autre coté de la route. Un clown passe en scooter, d'innombrables  taxis vont et viennent, une charrette sème un peu la pagaille dans les files de voitures, de même que les "puestos"  (petits bouis-bouis ambulants qui proposent des tacos, des quesadillas ou des tortas) qui occupent largement une partie de la chaussée destinée aux véhicules.

Soudain, comme un objet extraterrestre tombé du ciel, une limousine attire mon attention au milieu des stands d'indiens, des cireurs de chaussures et des nombreuses coccinelles. Lorsque la limousine entre en scène, comme un taureau dans l'arène, tout le monde s'écarte. Elle s'arrête devant les marches de la cathédrale où un rassemblement de personnes, appareil photo en main, semblent impatients de rentrer dans l'autel du plus beau monument de Toluca.
Femmes et hommes en tenue de soirée (femmes d'un coté, hommes de l'autre) sont regroupés en cercle et se tournent vers la majestueuse voiture. Je me demande bien quelle célébrité viendrait se perdre dans cette ville sans grand intérêt. Le chauffeur ouvre la porte de l'arrière allongé de son bolide ... ce sont en fait deux belles adolescentes qui descendent de derrière ces vitres teintées. L'une habillée d'une longue robe rouge, avec de la dentelle noire sur chaque volants de sa robe. L'autre également en robe de soirée, de soie me semble-t-il, rose nacrée. Maquillées et coiffées toutes deux d'un beau et drôle de chignon, elles avancent vers la haute porte de la cathédrale comme deux stars sur le tapis rouge du festival de Cannes.
Et là, je comprends ... nous sommes samedi ... Et il ne s'agit pas d'une réception a l'occasion de la venue d'une célébrité, ni d'une cérémonie de mariage ... mais d'un anniversaire ! ...

En effet, les mexicains m'ont expliqué qu'ici l'anniversaire des 15 ans (les quincé años) des jeunes filles est un événement extrêmement important dans leur vie de femme. La cérémonie est a la hauteur de ce que ces 15 ans représentent symboliquement pour la famille de la jeune fille : c'est l'age "autorisé" pour devenir une femme ou une mère, c'est comme un rite de passage de l'enfance a l'age adulte. Tout au long de la journée puis de la soirée, le père accompagne sa fille et la présente officiellement à toute la famille, au voisinage, à l'entourage amical ... L'adolescente aura préalablement choisie neuf hommes (en général ses frères, cousins, amis, et/ou son petit ami) pour l'accompagner dans plusieurs danses très différentes et bien définies, qu'elle devra exécuter tout au long de la soirée. Les hommes qui bénéficient de cet honneur, eux, auront pris soin d'apprendre a danser et de s'habiller dignement pour l'occasion. A tour de rôle, ceux-ci comme le père de la jeune femme, joueront un rôle très important auprès de cette dernière tout au long de cette fête très solennelle. Aussi, une messe est prononcée, un photographe de qualité est inviter a faire des photos du même type que nos photos de mariage avant le dîner qui a lieu très souvent dans un endroit très distingué. Dans les vitrines des pâtisseries de Toluca, des pièces montées comme je n'en ai jamais vu, qui peuvent atteindre 1m50 de haut, affichent des prix colossaux pour les "feliz quince años", mais les mexicains ne rechignent pas dépenser une fortune pour cette occasion. Certaines familles se ruinent pour pouvoir offrir a leur fille une journée a la hauteur de l'événement.

Coralie arrive sur ces entre faits. Je n'ai donc pas le temps d'observer plus longtemps la scène. Je l'accompagne au Mac Do puisqu'elle y tient, quand a moi, je préfère prendre un jus de fruit a une vieille vendeuse sous les portales, pas très souriante néanmoins.

Tandis que nous rappelons Marilou, un homme indien, chauve, très rigolo par son allure m'offre gracieusement deux bâtonnets d'encens et insiste pour que je lui achète son paquet entier en faveur des enfants du tsunami. Coralie, elle, s'est déjà enfouie derrière la cabine téléphonique craignant je ne sais quoi. Poliment, le jeune homme s'en va en me souhaitant un bon séjour.

Rendez-vous à l'Arte avec Marilou et Juan, son frère de famille d'accueil. L'ambiance est torride dans ce bar dont je ne connaissais que l'atmosphère calme et tranquille. C'est que Rafa et son groupe sont en plein concert ¡

Dans la mezzanine ou nous nous installons, je reconnais Axel avec ses amis. Le jeune homme est barman dans une discothèque et professeur de danse (salsa, breakdance ...). C'est également un habitué de l'Arte et particulièrement lorsqu'est diffusé un match de foot sur le petit écran au-dessus de l'estrade des groupes de musiciens. Apres avoir saluer Axel, nous prenons la dernière table libre a coté de son groupe d'amis.

Face à la scène en bas, j'écoute la voix rauque du chanteur. Je retrouve chez Rafa ce je ne sais quoi qu'ont les musiciens talentueux. Ce goût de la scène, cette passion pour la musique, ce coté sensible qui fait d'un chanteur, un vrai artiste. Le percussionniste m'est inconnu par contre. Son look est plutôt sympa. Ses congas et son djembé sonnent en parfaite harmonie avec la guitare, la basse et la voix de Rafa. Très convoité, je me rend compte de la renommée de Rafa a Toluca. Je suis donc très touchée lorsque ce dernier vient me saluer personnellement et chaleureusement entre deux chansons.

Avant de quitter l'Arte, nous n'oublions pas comme d'habitude de laisser le pourboire, appelé ici la "propina", incontournable dans les cafés et les restaurants. Les boissons ne sont pas forcément très bon marché à Toluca. Notre "cuenta" (note) s'élève a 180 pesos pour 8 verres (soit 12 euros environ), mais nous rajoutons donc en plus 20 pesos de pourboire (ici, il est préférable de prévoir un bon budget pour la propina qui s'élève de 10 a 15% de l'addition environ).

Avant de monter dans le taxi qui me ramène à "Los Heroes", je me mets d'accord avec Coralie afin qu'elle me rejoigne demain matin à la gare routière, le terminal, pour notre excursion aux Pyramides de Teotihuacan. Finalement, Thérèse et Marilou, retenues toutes deux par un repas dans leur famille d'accueil, ne pourront pas venir.

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7 - Le temps n'est pas de l'argent (22 mai)

Dimanche 22 mai

La journée commence plutôt mal. Je n'avais pas l'information que les bus étaient beaucoup moins fréquents le dimanche et d'autant plus dans ma banlieue campagnarde. Je pense alors à faire du stop pour me rendre au terminal, mais je me remémore la mise en garde de Juan avec ce genre de procédé, qui ne se fait pas au Mexique, à cause du danger trop élevé.

Je ne peux pas non plus appeler un taxi, je n'ai pas d'annuaire et aucun ne circule ce matin dans mon quartier désert. Un peu déconcertée, je demande à un des rares chauffeurs de bus qui se rend au centre, comment aller au terminal sans avoir a attendre des heures durants pour ne pas être en retard a mon rendez-vous avec Coralie. Très gentil, celui-ci me dépose au bord d'une route plus fréquentée, tout en me recommandant de prendre le bus qui arrive juste derrière nous. Mais voila une demi-heure que je me trouve sur le fauteuil marron clair déchiré du vieux camión, face a la Guadaloupe, et toujours pas de gare en vue. Le chauffeur m'explique alors que nous avons passé le terminal. Croisant un autre bus, celui-ci m'arrête au beau milieu de la route, se fichant complètement des autres véhicules qui circulent, pour me faire monter dans ce troisième bus, qui ne me fera cette fois-ci pas payer, sans doute touchée par mon regard un peu perdu.

Lorsque j'arrive en courant au terminal, il est déjà 9H15, soit 3/4 d'heure après le rendez-vous fixé. Pour un mexicain, rien de grave, l'heure des rendez-vous est en effet ici très approximative. Je me suis habituée aux horaires changeants, aux départs retardés et aux rendez-vous manqués. Mais ceci est valable pour les mexicains, pour Coralie sûrement pas ...

Apres avoir fait quatre fois le tour de la gare routière, je me résous à l'idée que ma compatriote a du perdre patience; elle n'est définitivement pas la. Apres plusieurs appels dans sa famille d'accueil, je laisse un message, tout en bafouillant un peu mon espagnol sur le répondeur de sa famille. J'attend encore un moment, je demande aux vigiles de l'entrée s'ils n'ont pas vu une jeune femme blanche de peau attendre et s'impatienter mais non ...

Apres réflexion, je m'en vais en direction du centre.

Contrairement aux autres jours, le marché du terminal est peu peuplé. Tous les chauffeurs de taxi sont regroupés debout en rond sur le trottoir, prêts à bondir sur le prochain client, et évidemment, avec mon physique de touriste, je n'y réchappe pas. Je refuse les multiples invitations et marche un long moment avant de trouver un bus qui m'emmène à mon cybercafé habituel. Il est 10H, la plupart des magasins sont fermés, mais le cyber ouvre tout juste, je suis la première cliente. J'y resterai près de 5 H !

En fin d'après-midi, après m'être enfermée une bonne partie de la journée face a un écran d'ordinateur, pour profiter un peu du soleil avant les averses, je m'asseois en tailleur sur un banc dans le parc du zocalo pour écrire mon journal. J'aurai bien voulu commencer a faire quelques croquis de mon environnement, de ces enfants très typés qui jouent autour de la fontaine en briques rouges, mais je n'ai pas amené mes fusains. Beaucoup de couples enlacés ou main dans la main se promènent le long des pelouses, des familles aussi, c'est un dimanche au parc qui ressemble a un dimanche français ...

Quelques différences flagrantes tout de même dans ce paysage, comme ces petits-enfants dormant dans les bras de leur mère ou de leur père, tous enroulés dans des couvertures. A Toluca, comme partout ailleurs au Mexique, les bébés sont complètement emmitouflés lorsque leurs parents les sortent, ce qui fait qu'on ne voit jamais leur petit corps. Aussi, quelques passants ont un tissu bleu clair qui recouvre leur bouche (les mêmes que possède le personnel médical dans nos blocs opératoires français). D'après Julie, c'est parce que l'air est très frais ici et que les gens prennent soin, lorsqu'ils se sentent un peu grippés de ne pas contaminer les autres passants. Enfin, une autre grande différence, plus noire, c'est le nombre d'enfants dans ce parc comme partout ailleurs qui travaillent, qui sont généralement vendeurs a la sauvette, marchands ambulants, cireurs de chaussures ou mendiants. Ainsi, se mêlent ici des enfants qui doivent avoir entre 5 et 12 ans : ceux qui travaillent, livrés a eux-mêmes et ceux qui jouent et savourent des glaces avec leur parents. C'est dur de constater l'importance des inégalités à un si jeune age, des inégalités sociales très marquantes au Mexique, et bien triste de pouvoir imaginer le parcours de vie quasiment déjà tracé pour ces enfants qui vivent dans le même pays, marchent dans le même jardin mais vivent dans deux mondes totalement différents.

Les premières gouttes sur mon carnet de bord me décident à rentrer. Le zocalo s'est dépeuplé. Il parait encore plus immense qu'il ne l'est habituellement. Je cherche un bus pour Olimpo mais tous ceux que je croise ne correspondent pas a ma destination. Voila maintenant 3/4 d'heure que j'attend et marche désespérément ... Décidément, c'est la journée aujourd'hui ¡

Les rues deviennent de plus en plus désertes ... l'orage gronde ... le ciel s'assombrit et je me demande bien ce qui se passe avec les bus. Je croise un homme ivre, puis deux, les boutiques fermées me donnent l'impression de errer dans un décor de cinéma abandonné, dans une ville sans vie.
Tandis que je repasse pour la troisième fois près du "cosmofloral" (le jardin botanique couvert de Toluca), je  frémis en repensant a ce que m'a raconté Gwen a propos de ce carrefour : un ami a elle s'y est fait braqué en pleine journée (c'est courant ici m'a t-elle dit ...).
Enfin, je croise un couple qui parait également rechercher un bus. Mais le couple me décourage plus qu'il ne m'a fait espérer : "inutile de chercher ici, les seuls bus pour rentrer en direction de Santa Maria de Totoltepec (village de mon quartier) sont a la calle Morelos" me répondent-ils. Habituellement, je pose la même question à plusieurs passants car je me méfie des explications et réponses hatives des gens ici. En effet, de la même manière que les horaires ne sont jamais précises, c'est aussi souvent le flou artistique des adresses et des informations données. "Por aya", "C'est par la" vous répond-t-on avec d'immenses gestes de bras, sans autre précision. Quelle importance puisque ici, on a le temps de chercher, de demander. Mais là, il n'y a pratiquement personne dans les rues, la nuit et la pluie vont bientôt tomber, je décide d'écouter le couple et je pars en direction de la rue "Morelos". Une fois arrivée, toujours pas de bus ...

La rue est a présent complètement déserté par les piétons, à l'exception d'un policier armé jusqu'au dent (il y en a beaucoup ici). Prudente, je ne persiste pas, et je fais signe a un des rares taxis de s'arrêter et de me ramener au bercail. C'est moins économique mais c'est plus sur. Le chauffeur m'explique alors que le dimanche, il n'y a quasiment pas de bus ... Je suis vraiment stupide, comment ne pas y avoir pensé plus tôt, je me suis déjà fais avoir ce matin ...

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8 - Ma place dans le paradoxe des traditions et de la modernité du Mexique (23-24-25-26 mai)

Lundi 23 mai

Ce matin, je démarre les cours d'espagnol avec le niveau 2. En classe, nous sommes plus que deux : moi et, Ivy, une américaine de Détroit qui vit à Metepec avec sa petite fille chez une amie pour plusieurs mois afin de parfaire son espagnol. Je ressors beaucoup plus satisfaite de ce cours que des autres.
Je constate a la fin du cours que Coralie est absente. J'espère que rien de grave n'est arrivé car elle n'est pas au DIF non plus et n'était déjà pas à la gare hier.

Lorsque j'arrive a l'orphelinat, une des petites, la tutcha, est sur le point de partir. C'est l'ébullition chez les mamie's. D'une part, parce que ce n'était pas prévu, ensuite parce qu'il s'agit de LA tutcha, la masquotte de l'orphelinat.
Lorsque la tante de Marie-José de Jesus (la Tutcha) se pointe dans le couloir, je vois Marilou courir pour la retrouver. Elle revient en larmes, avec dans ses doigts, une adresse rapidement griffonnée, celle de la tante, la nouvelle nourrice de la Tutcha. Marilou s'est en effet beaucoup attachée à cette petite fille durant ces 6 mois de volontariat, tout comme moi et la plupart des mamie's. Son petit visage rond, ses grands yeux noisettes et son sourire perpétuel et innocent de ces 10 mois de vie, ont fait craqué tous les gens qui ont eu le bonheur de partager quelques moments avec elle. Je te souhaite donc "bonne chance" ma petite tutcha dans ta future vie, en espérant que ta nouvelle famille t'apporte tout l'amour que tu mérites ...

Je n'ai pas choisi le bon moment pour rentrer. Le "camión" est bondé a cette heure de pointe (19H). Sous mon nez, un maïs dans une feuille de bananier tenu par une jeune femme ... dans mon dos, le souffle alcoolisé d'un homme tout de jean vétu ... et a chaque freinage brusque (fréquents¡), c'est toute la cohue qui fait la ola d'avant en arrière, chacun se rattrapant comme il peut a un siège ou à un voisin pour ne pas finir par terre. Petit à petit, je gagne de la place, et arrive enfin a m'asseoir devant une image jaunie du Christ. Terminus, tout le monde descend. Me voila enfin à la casa.

Je suis en train finir de laver mon dernier vêtement dans la petite cour de la maison de Juan lorsque quelqu'un frappe a la porte ... C'est Juan qui a perdu ses clés. En voyant les placards quasi vides de nourriture, Juan propose d'aller faire quelques courses. Nous partons donc pour le supermarché Carrefour !

Mais lorsque la porte se referme derrière nous, malédiction, c'est reparti pour un tour, ni moi ni Juan n'avons les clés de la maison. Néanmoins, ma dernière expérience similaire avec Coralie a au moins eu le mérite de m'apprendre comment ouvrir la porte dans ces cas-la. Je revois Luis manipuler sa carte téléphonique a travers la fente de sa porte et tente d'imiter la manœuvre. Apres 5 - 10 minutes, la porte de la maison s'ouvre; je récupère mes clés posées sur mon lit mal fait (ou plutôt mon matelas) et nous voila en route.

Carrefour est assez semblable à ceux que nous avons en France. Dans leur présentation, les rayons sont identiques, mais le contenu de ces rayons diffère évidemment beaucoup. Une affiche a l'entrée du magasin signale le changement prochain de nom de la grande surface. Visiblement, Carrefour ne fait pas fureur ici mais plutôt faillite ...

Au retour, je donne a Juan son premier cours de français, et je me rends compte de la difficulté de notre langue, essentiellement dans l'apprentissage des syllabes qui forment un son différent selon les lettres qui les constituent (oi, en, in, oin, an, on ...). La tache est facilitée en espagnol par le fait que toutes les lettres se prononcent, y compris celles qui forment le pluriel. Pendant que Juan écoute studieusement mes explications, celui-ci me fait découvrir une multitude de chansons mexicaines, dont il me gravera certaines le lendemain.

Mardi 24 mai

Une des choses qui m'a le plus surpris en arrivant (en dehors des vierges et des christs en tous lieux), c'est l'ampleur de la campagne pour l'élection prochaine du nouveau gouverneur et des présidentielles. Et ce matin, en prenant mon bus, je m'aperçois que c'est de pire en pire. Il y a une semaine, il n'y avait pas encore ce grand mur peint en énormes lettres rouges : " Enrique Peña Nieto - vota así este 3 de Julio ". Les affiches sont de plus en plus nombreuses, la publicité est partout : sur les cartes téléphoniques, tee-shirts, bracelets, casquettes, vaisselle, sur les paquets de céréales, de gâteaux ... Même si la date fatidique des élections approche (le 3 juillet), je trouve cela vraiment démesuré. Le candidat qui fait assurément le plus de publicité et qui est vraisemblablement le plus populaire ici est Enrique Peña Nieto, un jeune homme du parti du PRI. Alors que j'arrive a l'Université, je me dis qu'il faudra que j'interroge davantage Juan sur la vie politique ici, car je n'en sais pas grand chose et cela semble tenir vraiment beaucoup de place dans la vie des mexicains.

Après le cours, Rachel téléphone à Luis car, sans nouvelle depuis dimanche, nous nous inquiétons de l'absence de Coralie. Il s'avère en fait que Coralie est malade, elle a dû aller à l'hôpital (une tourista assez forte semble-t-il mais sans gravité et qui ne devrait être que passagère).

En redescendant de l'Université vers le centre, alors que Rachel et moi discutons de notre week-end, soudain, nous sommes interrompus dans notre conversation par un bruit infernal de tambours et de casseroles. Puis, par des chants rythmés de klaxons, et après le son, l'image d'une longue file de camions et de voitures, dans lesquels et sur lesquels sont entassés des centaines de jeunes maquillés et bombés aux serpentins.
Au milieu du défilé, une voiture de police, à peine reconnaissable. En effet, assis sur les fenêtres, le capot, le toit et jusque dans le coffre, des étudiants habillés en blouse blanche sont en train de bomber la voiture, tout en rigolant. Le large sourire du chauffeur policier montre qu'il n'est aucunement perturbé pour continuer de rouler, certes péniblement sous le lourd poids de ses passagers, mais il poursuit son chemin tout en klaxonnant de plus belle. Puis un grand char, sur lequel a été installée une mini tribune, plus bruyant encore que les autres, transporte d'autres étudiants assis dos-à-dos face aux trottoirs, banderoles en main, qui chantent à tue-tête des slogans que je ne comprends pas. Cinq minutes plus tard, le calme (relatif) revient alors que je ne connais toujours pas la raison de tant de vacarme et d'amusement. Je suppose en lisant les affiches qu'il s'agit d'une manifestation d'étudiants en médecine mais je ne sais toujours pas le motif de leur revendication.

Une fois dans le centre-ville, nouvelle expérience difficile avec les distributeurs d'argent. C'est pas la première fois et je ne sais pas pourquoi, tout dépend du hasard et de la chance, mais parfois la machine refuse de me donner de l'argent. Et cette fois-ci encore, la machine menace de m'avaler ma carte. In extremis, je la récupère et finis par remplir mon porte-monnaie après avoir essayé trois distributeurs.

Apres le DIF, je rejoins, encore et toujours dans un bus bondé, Rachel à Metepec. Comme je sais à présent que je n'irai pas chez Joakin à Metepec et que je finirai mon séjour chez son frère, j'ai décidé, ce soir, de visiter ce petit village.

La ballade est très sympa dans les rues multicolores mais la pluie gâche un peu l'excursion. Au détour d'une petite rue étroite et pavée, une entrée attire mon attention. Une porte en bois et fer forgé, qui parait minuscule sous son grand porche en pierre et ses murs de clôture, laisse entrevoir un magnifique jardin. Intriguée, je m'approche de ce lieu comme hanté par pleins de mystères. L'endroit est tellement calme qu'on entend le chant d'une fontaine et le bruissement des feuilles d'un saule-pleureur qui ondulent au petit vent. Juste au moment où je pousse la porte entrebâillée, un petit bonhomme en bottes de cuir et sombrero de l'autre côté de la porte prêt a sortir, me fait sursauter. Je lui demande alors s'il est possible d'accéder à ce petit paradis et ce dont il s'agit exactement. Sa réponse positive pour entrer ne nous donne aucune précision supplémentaire sur ce lieu, mais nous verrons bien par nous-mêmes ...

Rachel et moi pénétrons a l'intérieur. Et là, au détour du petit sentier fleuri, une voûte et un amassement de poteries colorées inaugurent la magie des lieux ... Dans cette caverne d'Ali baba : un soleil, une lune, un arbre de vie, un lutin, une tête de mort puis 2, 3, 4, une centaines d'étoiles; toutes ces poteries en céramiques aux couleurs vives forment comme un labyrinthe vivifiant au milieu du jardin fleuri et apaisant. Les gros soleils aperçus a l'entrée sur le porche n'étaient qu'une introduction à cette exposition artistique, minutieusement assemblée.
Plusieurs scènes de poteries me surprennent; on pourrait trouver un symbole à chacune d'entre elles, pour toutes religieuses. D'abord, la mort, sous toutes ses formes, dans des situations inimaginables et difficiles a décrire, est très présente (Ce ne représentée par des squelettes à la place des apôtres par exemple). Des épisodes bibliques sont également représentés maintes fois (comme Adam et Eve, l'Arche de Noé ...), des animaux symboliques (comme le serpent) et bien sur le Soleil et la Lune qui représentent les divinités des anciennes civilisations.
Alors que Rachel mitraille de photos, je vois, sur ma gauche, un espèce d'atelier. J'entre. Au fond, un homme installé sur un établi poussiéreux manie la terre avec une telle rapidité que je ne peux deviner à quelle forme se destine cette drôle de pâte à modeler. Le génie de ces chefs d'oeuvres me voit mais ne m'adresse pas un mot. Un peu gênée, je m'avance un peu dans l'atelier pour admirer les autres objets, et doucement, finis par questionner l'homme bourru sur son art.

Une heure plus tard, Rachel ressort avec de nombreux achats. Frustrée, je regrette que ces pièces soient si fragiles et encombrantes car j'en aurai également bien ramenées quelques unes pour égayer mon salon ou pour offrir à mon entourage.

Notre petit tour à Metepec s'achève pour moi peu de temps après car je dois rejoindre Juan dans le centre de Toluca pour terminer la soirée chez Oscar, son "cumpadre", à San Matteo, un petit village touchant Toluca en direction de C.U. "Cumpadre" est le terme qui désigne le père de son ou sa filleul(e), "cummadre", la mère de son ou sa filleul(e). Il peut aussi être utilisé pour parler de son ou sa meilleur(e) ami(e). Pour Juan, son cumpadre est à la fois (et cela arrive souvent) le père de Valeria, sa petite filleule, et son meilleur ami.
Oscar est avocat et père de deux enfants de 4 et 1 an. Lui et son épouse, me font très bonne impression. Ils sont très drôles et se montrent très attentionnés à mon égard. La discussion m'amène encore une fois à confirmer que "oui, le Mexique me plait". Tous deux sont curieux de savoir comment on vit en France et quels sont les clichés que les français ont des mexicains. J'ai un peu de mal à répondre ... bien sûr les sombreros, les cactus mais à part ça, maintenant que je connais un peu le pays, il m'est difficile de me rappeler.

Juan fait part également à ses amis de ce qui l'a le plus surpris dans les différences constatées entre mon discours de française et le sien en tant que mexicain. Ainsi apparaissent entres autres, dans le peloton en tête, notre libéralisme et l'absence de galanterie (le gentleman ici est appelé le "caballero", soit le cavalier). Un débat s'enchaîne alors sur le sujet. Pour Juan, le gentleman n'est en fait qu'un macho appelé ainsi pour masquer les mauvais côtés, tandis que pour Oscar, il n'est pas question de machisme dans son pays mais de paternalisme, et c'est une tradition qu'il se félicite de conserver. Au cours du débat, on m'interroge sur le thème difficile et délicat, et il me faut être vigilante de ne pas juger les gens tout en restant fidèle à mes convictions. Et ma conception de la chose, soit en d'autres termes mon opinion sur l'(in)égalité de l'homme et de la femme, qui reste un sujet brûlant ici, diffère forcément de celui de mes interlocuteurs compte-tenu de ma vision d'étrangère et relative en ce qui concerne les moeurs du pays.
J'apprends également que la coutume chez nous, pour beaucoup, d'attribuer trois prénoms à un enfant, les 2èmes et 3èmes faisant référence souvent aux parrains et marraines, fait partie d'une de nos traditions qui a le plus plu a Juan. Les mexicains n'ont pas cette coutume (pour une fois qu'on les bat sur une pratique religieuse !). Néanmoins, le prénom de l'enfant aîné est quasiment toujours celui du père et ceux-ci conservent comme nom de famille, celui de leur père en 1er et de leur mère en 2nd (qui se perd cependant à la génération d'après). Ce qui explique pourquoi les enfants ne portent pas en totalité le même nom que leur parents.

Valeria, la petite filleule de Juan, nous interrompt pour nous souhaiter "buenas noches" car demain il y a l'école et il est l'heure, pour elle, d'aller se coucher (ici, les enfants commencent l'école à l'age de 4 ans). Oscar profite de l'absence de sa fille pour m'apprendre un tas de gros mots et l'argot populaire mexicain jusqu'a 2H du matin.

Mercredi 25 mai

Après les cours ce matin, Rachel et moi, comme à l'habitude rejoignons le centre et passons devant notre marchande de glaces favorites. La demoiselle, en effet, prend le temps quasi tous les jours depuis la semaine dernière de nous expliquer chacun des 30 ou 40 parfums qu'elle vend aux passants gourmands.

Mais ce matin, difficile de comprendre la saveur de la glace fondante couleur écrue. Pour mieux saisir le mot, nous lui demandons de nous épeler le terme afin que nous recherchions, amusées par le jeu, la traduction en taïwanais dans le dictionnaire de Rachel, qui me retraduit ensuite en anglais. A notre grande surprise, nous constatons que la demoiselle est dans l'incapacité de nous informer sur la première lettre du mot : elle ne connait pas son alphabet ! Heureusement, son talent de mimes et sa patience habituelle finit par porter ses fruits puisque nous comprenons qu'il s'agit d'une glace saveur "yaourt à la pêche".

Notre trajet est souvent agrémenté de petites anecdotes, comme cet homme qui étale une couverture au milieu de la route pour s'allonger de tout son corps bloquant ainsi, je ne sais pour quelle raison, toute la masse de voitures qui circulent. Ou cette femme d'affaire, mallette en main et vêtue d'un tailleur gris, qui s'agenouille hâtivement devant l'église pour faire un signe de croix et repartir aussitôt à ses activités de dame moderne. Ou ce vieil homme qui avance à quatre pattes, muni de genouillères, sur le trottoir comme un martyre sur un chemin de croix.

Tout en observant ces petites scènes urbaines mexicaines et tout en savourant ma glace au yaourt, je pense subitement à la France et à ce décalage de vie, pas forcément très visible à première vue à Toluca, mais pourtant si important lorsque l'on prend le temps de regarder tous ces gens. Et je me dis que je me sens bien ici, ma vie y est bien plus trépidante et moins ennuyeuse, le peuple mexicain est beaucoup plus anarchique et farfelu, plus détendu aussi. J'ai trouvé ici de nouveaux repères dans une vie qui semble dénuée de tous repères tangibles. Ah... Comme j'aime ce voyage, je ne voudrais jamais le terminer ! Sans savoir pourquoi mais maintenant, ici, sur ce trottoir, au milieu de la poussière et des fumées des marchands de tacos, au milieu de cette foule hétérogène, j'ai la conviction que c'est ça la vie, et que j'ai eu mille fois raison d'avoir pris des risques pour vivre cette aventure. Aujourd'hui, je nage dans le bonheur, je me sens en phase avec moi-même et avec mes expectations. Aujourd'hui, j'ai envie de rire, de pardonner et d'aimer ... j'ai envie de me dire que l'aventure ne fait que commencer ...