« Il y a des moments où les rêves les plus fous
semblent réalisables à condition d'oser les tenter »
Bernard Werber - Extrait de « La révolution des fourmis »
Pourquoi partir ? C’est une des questions que l’on me pose de façon récurrente lorsque j’évoque mon périple. A vrai dire, j’ai toujours un peu de mal à donner des réponses rationnelles à ce projet …
C’est un rêve qui remonte à bien longtemps, assez caractéristique de ma personnalité plutôt bohême et qui s’inscrit dans, plus qu’ une idée, une conviction, que le nomadisme se rapproche de près à mon idéal de vie. Telle une quête perpétuelle vers un ailleurs, le voyage est une passion moteur dans mon évolution : il m’apporte toujours cet étonnement, cette totale liberté, cet enthousiasme et interroge par la force des choses sur le sens de notre existence et sur des valeurs fondamentales.
Pendant très longtemps, le rêve de faire le tour du monde me paraissait totalement inconcevable dans sa réalisation. De toutes façons, la question du réalisable ou pas ne m’effleurait même pas l’esprit puisque j’imaginais que ce genre de destins ne pouvaient concerner que les riches personnalités, les stars, les vieux loups de mer et bourlingueurs solitaires, les aventuriers farfelus ou explorateurs en tous genres, mais sûrement pas moi, individu lambda prédisposé, comme une majorité de français, à une carrière sans vague mais suffisamment confortable pour m’offrir quelques semaines de vacances exotiques et dépaysantes pendant mes congés payés.
Ce sont de simples voyageurs, comme vous et moi, ni rentiers ni pseudo Indiana Jones, ce sont leurs récits, leurs souvenirs et objets insolites ramenés de ces terres lointaines, leur parcours de vie, leur richesse d’âme, leur humanité et leur passion, qui ont bouleversé ma trajectoire de vie, qui ont remis en question ma stabilité assise sur des repères bien acquis et un certain confort de vie. En m’ouvrant leur cœur, ils m’ont ouverts les yeux : « après tout, s’ils l’ont fait, ce long voyage, pourquoi pas moi ? »
Ce long voyage, je l’ai démarré il y a 2 ans lorsque j’ai décidé de prendre le risque d’aller au bout de mon rêve, d’oser ce rêve fou … et aujourd’hui, je suis sur le point de le concrétiser.
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« Il n’y a d’homme plus complet que celui
qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois
la forme de sa pensée et de sa vie »
Alphonse de Lamartine – Extrait de « Voyage en Orient »
Enfant d’une nature assez « casse-cou », m’aventurant souvent dans les lieux inconnus et interdits, bravant tous les défis, je crois que mon tempérament présentait déjà toute jeune les signes de contamination du virus du voyage, ou en tout cas un côté aventurier. Un désir assouvi très tôt par des vacances itinérantes avec mes parents où nous sillonnions l' Europe, durant quelques étés, à bord de notre modeste petite Opel Corsa, coffre rempli à bloc et trajets interminables.
Puis, vint le temps des séjours linguistiques scolaires et de plusieurs voyages interculturels à l’étranger avec ma troupe de théâtre, destinations toujours nouvelles et souvent plus lointaines. A cette période d’adolescence et d’insouciance, j’en retiens surtout des souvenirs d’échanges et de rencontres extraordinaires, qui se partagent en dehors du temps et de l’espace connu, et qui marquent une existence.
Au fur et à mesure du temps, comme il me semblait que je grandissais à travers des paysages de plus en plus grands, ma soif d’horizons nouveaux, intarissable, n’en était que plus alimentée et évoluait à vitesse grand V. Je rêvais de l’Amérique et je ne savais pas encore que mon vœu s’exaucerait bientôt …
Une opportunité transforma le rêve en réalité au cours de ma formation d’assistante sociale. Mon séjour d’étude aux Etats-Unis fut un tremplin. Los Angeles, ses célébrités et noms de lieux familiers, les plages californiennes et paradis artificiels … Une immensité proche de l’image que j’avais de ce pays et pourtant assez loin des clichés rapides qui hantaient mon imaginaire à la veille du départ. Un éternel étonnement, un séjour inoubliable. Ce voyage fut une étape importante : je dépassais pour la première fois les frontières du continent pour survoler l’Atlantique et les grands canyons ; ce fut aussi le 1 er saut dans l'inconnu, avec pour seule compagnie une amie, et ce pour une durée qui me paraissait alors relativement « longue » (5 semaines).
Enfin, en 2001, un chantier à but humanitaire me transporta au Maroc . Marrakech fut une destination déclic, pleine d’authenticité, une expérience qui créa le besoin, qui transforma l'envie en besoin, m'ouvrit l'esprit et m’apprit la vraie frustration des retours ... Une véritable révélation, un gros coup de cœur et une nouvelle façon de voyager qu’il me fallait impérativement renouveler.
Durant toutes ces années, n'avait fait que croître plus que ce goût, cette nécessité. Tous ces voyages ne seraient qu'un avant-goût, comme l'apéritif d'un immense festin, qui sous-entend, laisse soupçonner, imaginer que le meilleur reste à venir.
C'est concrètement fin 2002 que je me décide à me lancer dans l'aventure d’un tour du monde. Alors que la perspective d’une vie sédentaire m’insupporte de plus en plus, les rencontres avec des voyageurs se multiplient. Mes lectures se tournent davantage vers les carnets de voyage.
Et puis, tout s’accélère … L’appel du voyage se montre de plus en pressant, de plus en plus fort. L’idée de réaliser ce périple autour du globe se dessine comme l’étincelle qui pourrait ranimer le feu de ma vie, caché sous les cendres d’une existence trop étroite à mon goût. Cette idée devient un coin de ciel bleu dans ma routine quotidienne. Elle sera la réponse à mon envie de croquer la vie à pleine dent, à ma quête de sensations fortes et à mes rêves de liberté.
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- Pourquoi partir longtemps en itinérant
« Le voyage pour moi, ce n’est pas d’arriver, c’est partir.
C’est l’imprévu de la prochaine escale,
c’est le désir jamais comblé de connaître
sans cesse autre chose, c’est demain,
éternellement demain »
Roland Dorgelès
Le voyage au long cours s’inscrit dans une dynamique totalement différente de celle d’un séjour touristique de quelques semaines. D’abord, parce qu’il ne se prépare pas du tout de la même manière mais surtout parce qu’il n’a ni les mêmes motivations ni les mêmes enjeux.
Pour moi, un des principaux avantages de ce type de voyage, c’est qu’il rend possible ce que j’appelle « l’itinérance », voire même … l’errance. Difficile à envisager lorsque les vacances ne durent que le temps d’un mois d’été …
Poursuivre son chemin sans précipitation, sans avoir l’impression de « courir » après les visites incontournables pour rapporter à tout prix la photo de vacances à la maison, profiter pleinement des relations qu’on a construit avec les locaux, être libre d’aller et venir sans chronométrer les jours qu’il nous reste à bronzer, vagabonder, s’imprégner plus longuement de la magie des lieux, apprécier doucement l’harmonie de la nature, se fondre dans cette autre dimension qu’est le voyage en lui-même, le mouvement continuel et la passion de la route…
A travers tous ces points qu’il me présage, le voyage itinérant au long cours coïncide avec mes motivations et devrait donc répondre à mes attentes.
Un autre aspect que je ne sous-estime pas dans ce long périple, c’est que j’évite ainsi la frustration du retour. Bien qu’il y ait aussi un retour (et Dieu sait qu’il risque d’être difficile), le voyage au long cours se prolonge …
J’imagine donc qu’il me sera bien plus agréable de retrouver mon entourage et mon confort quotidien après plusieurs mois d’absence et que la frustration n’en pourra être que réduite.
Quant à mon activité professionnelle, j’espère trouver les ressources suffisantes pendant ce périple pour la faire évoluer, par la suite, vers de nouveaux projets et ne pas avoir trop à revivre une routine organisée autour de l’auto-boulot-dodo.
Enfin, en partant faire le tour du monde pendant de longs mois, je choisis de m’accorder un moment dans ma vie pour faire le point et pour prendre le temps de vivre une aventure personnelle hors du commun.
La longue durée de mon voyage imposera nécessairement une rupture avec toutes mes habitudes, avec mon environnement ; elle m’obligera à laisser derrière moi et entre parenthèses, toute une partie de ma vie (famille, amis, logement, travail …). Mais cette rupture est volontaire et motivée.
Contrairement à ce que certaines personnes pourraient imaginer, je ne pense pas qu’elle soit une fuite en avant ; elle est pour moi, à l’inverse, un moyen de mieux se retrouver. Bien sûr, il m’apparaît comme primordial de rechercher le bon moment avant d’entreprendre un tel projet. Mais quand on est bien dans sa peau, voyager c’est être ailleurs, ce n’est plus être loin.
En faisant donc le choix de me retrouver dans cet ailleurs, en dehors de l’ordre des choses, en Terra Incognita, je vise l’opportunité de remettre en question mes certitudes ou au contraire de me forger une opinion plus prononcée sur mes convictions. J’espère que la rencontre de la différence m’amènera à me connaître davantage et à me recentrer sur moi-même et sur le monde, et non pas à me fuir.
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« la steppe des nomades est un petit monde
où les capitales des sédentaires
ne sont que des faubourgs »
Olivier Weber
Extrait de « Je suis de nulle part - Sur les traces d’Ella Maillart »
Beaucoup de personnes sont très étonnées de me voir partir seule. Consciente des risques forcément plus importants que ce choix implique, je reste persuadée que mon voyage me sera d’autant plus profitable et enrichissant en décidant de partir de cette façon-là. Il est, à mes yeux, le meilleur moyen de satisfaire ma soif de liberté, de multiplier les rencontres et d’évoluer sur un plan personnel.
Partir si longtemps me demande certaines concessions ; accepter de faire ces concessions n’est pas évident. Pour franchir ce cap, il fallait que ce projet corresponde totalement à mes envies, à mes goûts et à ma personnalité. Cette vision assez égoïste, je le reconnais, m’a permis d’élaborer et de préparer mon voyage en fonction de mes propres convictions et motivations.
Partir en solo m’offre ainsi la liberté de choisir la durée et le type de voyage (hébergement, déplacements …), mon itinéraire, mes activités (comme la participation à des chantiers à but humanitaire, à des excursions ou l’éventuel projet d’effectuer une partie du voyage en mer), la possibilité de travailler sur place si l’occasion se présentait …
Cela me laisse la possibilité de modifier à ma guise tous les plans de mon voyage, l’alternative de me laisser porter là où le vent me mènera …
Comme dans toute démarche créative, ce voyage est personnel et issu de mon inspiration dans lequel mon imagination a pu avoir libre court.
Partir seule, n’est pas obligatoirement voyager seule, bien au contraire. Les contacts sont plus instantanés, les rencontres deviennent plus aisées lorsque l’on vadrouille seul. D’une part, parce que les gens viennent vers vous plus facilement, d’autre part, parce que soi-même, on provoque une situation qui nécessite souvent d’aller au-devant des autres. D’après les témoignages des voyageurs « solo », le monde des voyageurs est grand, et d’après leurs dires, il est relativement peu courant de ne pas rencontrer en chemin compagnes ou compagnons de voyage pour contempler la beauté d’un paysage ou partager les moments inoubliables d’une soirée de fête locale.
Par ailleurs, il est fort probable que des membres de mon entourage me rejoignent pour un certain temps dans les divers coins de la planète.
Il me semble que ce genre d’aventure humaine me sera doublement enrichissante s’il me permet de dépasser mes craintes, mes angoisses. Transposée dans un environnement totalement inexploré, régi par des principes ignorés, laissant au bercail mon entourage, mes repères, un statut social défini, un parcours qui aide les autres à mieux vous comprendre, il me faudra bientôt faire des choix, me débrouiller, innover, suivre mon intuition sans l’aide de personne. Et c’est souvent dans ces conditions finalement qu’on se découvre et que l’on se construit.
J’ai conscience que cette solitude, celle de « l’étranger » qui n’est pas en son pays, celle du voyageur seul avec lui-même, sera parfois difficile à vivre. Je me prépare à la nostalgie qui pourrait rapidemment s’emparer de moi, aux inéluctables coups de blues. Cela dit, la solitude me fait beaucoup moins peur que l’isolement. Et je reste confiante au destin, au monde, car ce n’est pas vers le bout du monde que je chemine mais vers le centre du monde …
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